Albums des Beatles

Quand George Harrison était encore le « Beatle tranquille »

Vignette de Please Please Me With The Beatles Crop A Hard Day`s Night crop
Beatles for Sale crop Help crop Rubber Soul cropped
Revolver cropped Sgt. Pepper`s Lonely Hearts Club Band cropped Magical Mystery Tour cropped
White Album cropped Yellow Submarine crop Abbey Road crop
  Let It Be crop  
 
 
Apple

Pochette de Please Please MePlease Please Me

Publié le 22 mars 1963 par Parlophone.
1ère place des charts au Royaume-Uni pendant 33 semaines consécutives.
Produit par George Martin.
14 chansons, 32 minutes environ

Fin 1962, un disque sort au Royaume-Uni. Simple single, il comporte deux chansons d'un groupe encore débutant, les Beatles, et parvient à monter à la dix-septième place dans les charts. Début janvier, le groupe récidive et atteint cette fois le sommet des classements. La machine est lancée, et l'année 1963 est vouée à être placée sous le signe du groupe, qui se rend en studio le 11 février afin d'enregistrer ce qui doit être leur premier album.

George n'a pas encore vingt ans que, déjà, les choses se précipitent. En une dizaine d'heures, onze titres (dont un ne sera pas conservé pour l'album) sont mis en boîte dans des conditions souvent proches de leurs concerts. Le groupe est rodé par des heures passées sur les scènes de Hambourg et Liverpool, et leur performence en témoigne. Vives et énergiques, leur prestations pour Please Please Me sont un des meilleurs témoignages de ce que pouvait être une prestation scénique des Beatles au début des années 1960.

Le répertoire comprend huit chansons inédites signées Lennon/McCartney, et six reprises de tubes que les membres du groupe aiment bien. Ce n'est pas, alors, une solution de facilité. Bien des groupes britanniques se contentent à l'époque de connaître un succès éphémère en enregistrant quelques reprises de standards américains pour le public britannique. Lennon et McCartney ont d'ailleurs dû convaincre leur producteur, George Martin, de publier leurs propres chansons en single, et non de simples reprises. Qu'importe, bien souvent, les versions reprises par les Beatles deviendront plus célèbres que les originales. Le disque est donc un concentré de rocks particulièrement vif comme I Saw Her Standing There de Paul McCartney, où la reprise échevelée de Twist and Shout, enregistrée par un Lennon à bout de souffle en fin de journée, peu avant que sa gorge ne rende l'âme pour une bonne semaine. S'y ajoutent bon nombre de ballades qui ne sont pas encore signées McCartney, notamment la reprise d'Anna (Go to Him) et A Taste of Honey.

Et George, dans tout ça ? Plutôt en retrait sur ce disque, il se contente principalement d'un rôle de choriste et de son jeu de guitare principale. Deux chansons lui sont octroyées. La première, Chains, est une vive reprise d'un titre d'un girl group américain soulignée par l'harmonica de Lennon. La seconde, Do You Want to Know a Secret, est une sympathique composition de ce dernier, inspirée par... une chanson de Blanche Neige et les Sept Nains, de Walt Disney.

Please Please Me n'est pas, de loin, le meilleur album des Beatles. Il est pourtant celui par lequel la déferlante est arrivée (en témoigne son exceptionnelle longévité en tête des charts), et un bon disque de rock que l'on a plaisir à écouter. Plus encore, écouté en comparaison avec Rubber Soul, Revolver et Sgt. Pepper publiés deux à quatre ans plus tard, ils sont révélateurs de la rapidité de l'évolution du quatuor.

Liste des chansons :
  1. I Saw Her Standing There
  2. Misery
  3. Anna (Go to Him)
  4. Chains
  5. Boys
  6. Ask Me Why
  7. Please Please Me
  8. Love Me Do
  9. P.S. I Love You
  10. Baby It's You
  11. Do You Want to Know a Secret
  12. A Taste of Honey
  13. There's a Place
  14. Twist and Shout
Apple

With The Beatles, pochetteWith The Beatles

Publié le 22 novembre 1963 par Parlophone.
1ère place des charts au Royaume-Uni
Produit par George Martin.
14 chansons, 33 minutes environ

C'est le 22 novembre 1963, jour de l'assassinat de J. F. Kennedy, que sort le deuxième album des Beatles, With The Beatles. Depuis désormais plusieurs mois, les Beatles ont établi leur célébrité, avec de nombreux concerts à travers le Royaume-Uni et de façon plus générale l'Europe, mais aussi avec deux singles qui rencontrent un grand succès, From Me to You, et surtout le légendaire She Loves You qui établit au Royaume-Uni un record de ventes qui ne sera dépassé qu'en 1977 par Mull of Kintyre, de... Paul McCartney.

Il est étonnant que peu de hits subsistent dans With The Beatles, alors que le groupe s'apprête à publier I Want to Hold Your Hand, qui les popularisera aux Etats-Unis. Il faut dire que, contrairement à ce qui s'est fait sur Please Please Me, il a été décidé de ne plus inclure sur les albums les chansons publiées en single. D'où un disque relativement sous-estimé.

La recette de l'album précédent est reprise à la lettre : six reprises pour huit inédits. Une fois encore, les reprises, choisies avec soin, seront principalement popularisées par le groupe, qu'il s'agisse de Please, Mister Postman ou encore Devil in Her Heart. Plusieurs autres chansons font, il faut le reconnaître, figure de chansons de remplissage, aux yeux mêmes de leurs auteurs (Lennon parlera de « chansons pour faire bouillir la marmite », comme It Won't Be Long, ou encore All I've Got to Do. Quant à Ringo, il hérite de I Wanna Be Your Man, chanson prêtée à la même époque aux Rolling Stones, et qui leur assure leur premier succès en single. Du côté des morceaux de bravoure, il convient notamment de retenir All My Loving, toute première chanson interprétée par le groupe sur le sol américain lors de leur passage au mythique Ed Sullivan Show.

With The Beatles est par ailleurs remarquable pour un tout autre point : il s'agit de la toute première fois que George compose une chanson, le rock Don't Bother Me. Si la chanson ne se démarque pas par une originalité énorme, il s'agit tout de même des balbutiements du Harrison compositeur qui montre d'ores et déjà qu'il peut rivaliser avec le duo Lennon/McCartney... du moins lorsque celui-ci est en petite forme. George se permet également deux reprises, You Really Got a Hold on Me et Roll Over Beethoven, cette dernière devenant un classique des concerts des Beatles, et sera même interprétée par George bien plus tard, lors de son Live in Japan.

Album assez anecdotique au vu des productions futures des Beatles, With The Beatles reste cependant un grand pas franchi : peu à peu, le groupe ose quelques originalités : plus de piano, des percussions différentes... L'essentiel est fait : le public adhère, achète, et pérennise ainsi le groupe.

Liste des chansons :
  1. It Won't Be Long
  2. All I've Got to Do
  3. All My Loving
  4. Don't Bother Me
  5. Little Child
  6. Till There Was You
  7. Please Mister Postman
  8. Roll Over Beethoven
  9. Hold Me Tight
  10. You Really Got a Hold on Me
  11. I Wanna Be Your Man
  12. Devil in Her Heart
  13. Not a Second Time
  14. Money (That's What I Want)
Apple

Pochette de l`album A Hard Day`s NightA Hard Day's Night

Publié le 10 juillet 1964 par Parlophone.
1ère place des charts au Royaume-Uni
Produit par George Martin.
13 chansons, 30 minutes environ

Un accord mythique joué par George ouvre cet album et sa légendaire chanson-titre. Nous sommes en juillet 1964 et les Beatles viennent de sortir leur premier film, A Hard Day's Night. Une désopilante plongée au coeur de la Beatlemania, qui nous fait vibrer aux sons des hurlements des fans, et des mésaventures du groupe provoquées par le facétieux (et fictif) grand-père de Paul.

Sept chansons ont été composées pour accompagner le film, notamment le hit qui lui donne son nom et Can't Buy Me Love. Six autres viennent s'y ajouter pour former la face B de l'album, qui a une particularité : il s'agit du seul et unique disque des Beatles sur lequelle toutes les chansons sont signées Lennon/McCartney. Aucune reprise n'y est présente, et George a, cette fois-ci, laissé la composition de côté.

De façon générale, John est clairement l'homme dominant de l'album, puisqu'il se cache derrière dix des morceaux qui y sont présents. Outre Can't Buy Me Love, Paul signe pour sa part la poignante ballade And I Love Her, et Things We Said Today. Du côté de Lennon, on trouve également du très beau, notamment If I Fell, qui permet au groupe de se lancer dans de superbes harmonies vocales bien calibrées. Tell Me Why est aussi un bon petit rock sans prétentions qui remplit parfaitement son rôle. C'est d'ailleurs, de façon générale, ce qu'on peut dire de l'album. À l'exception de trois ou quatre hits, le plus gros est composé de chansons très sympathiques, mais qui ne laissent pas d'empreinte indélébile. On est, encore, face à un de ces disques dont on comprend le succès instantané, tout en pouvant en être déçu au vu des travaux futurs du groupe.

Pour ce qui est de George, son retrait n'est qu'apparent. Il est vrai qu'il se contente de chanter sur I'm Happy Just to Dance with You, composition très basique de Lennon qui n'est pas des plus marquantes. Mais son rôle sur l'album va bien plus loin, notamment à travers les solos emblématiques de Can't Buy Me Love et A Hard Day's Night, bien qu'il ait beaucoup de mal à enregistrer ce dernier, selon l'ingénieur du son Geoff Emerick. Autre apport au son général du disque, la guitare acoustique, qu'il introduit notamment sur You Can't Do That et qui devient peu à peu une des marques sonores du groupe. George est également à l'origine des courtes phrases de guitare acoustique qui donnent sa signature à And I Love Her, chose pour laquelle McCartney ne manque pas de lui rendre hommage.

A Hard Day's Night est un bon album, bien qu'un regard à postériori sur l'œuvre du groupe pousse à une certaine relativisation de sa qualité. Comparé aux expériences menées par les Beatles dès l'année suivante, celles de ce disque semblent au final bien anodine ; et George ne s'y démarque vraiment ni comme compositeur, ni comme interprète.

Liste des chansons :

  1. A Hard Day's Night
  2. I Should Have Known Better
  3. If I Fell
  4. I'm Happy Just to Dance with You
  5. And I Love Her
  6. Tell Me Why
  7. Can't Buy Me Love
  8. Any Time at All
  9. I'll Cry Instead
  10. Things We Said Today
  11. When I Get Home
  12. You Can't Do That
  13. I'll Be Back
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Pochette de Beatles for SaleBeatles for Sale

Publié le 4 décembre 1964 par Parlophone.
1ère place des charts au Royaume-Uni durant sept semaines.
Produit par George Martin.
14 chansons, 34 minutes environ

« Beatles à vendre ! » C'est le titre pince sans rire qui est donné au quatrième opus du groupe. Sorti au moment des fêtes de fin d'année, l'initiative commerciale est clairement visible : plus que la démarche artistique, c'est la nécessité d'avoir un produit à vendre à Noël qui a conduit les Beatles en studio, à contrecœur.

La photographie de la pochette en est la parfaite illustration : dans un paysage automnal à Hyde Park, les Beatles apparaîssent dépités, épuisés. Le regard de George, avec sa coiffure évoquant, selon John Lennon, la forme du navet, est assez parlant. Enregistré par petits bouts lorsque le groupe disposait de moments de libre entre deux concerts, deux tournées aux quatre coins du monde, Beatles for Sale n'est pas l'album sur lequel ils ont mis le plus d'ardeur.

Signe évident, après un album ne comportant que des chansons inédites, le groupe revient à la formule de ses débuts, avec six reprises pour huit chansons écrites par Lennon et McCartney. Une régression, pour beaucoup de critiques. Malgré cela, c'est aussi un album de changements. Changements dans les techniques, tout d'abord : les Beatles prennent peu à peu conscience des possibilités du studio d'enregistrement, d'écouvrent les effets Larsen (qui ouvrent leur single de l'époque, I Feel Fine), ainsi que l'effet de fade-in qui ouvre le hit de l'album, Eight Days a Week. Changements de style, également, notamment pour Lennon qui s'ouvre peu à peu, et écrit des chansons de plus en plus personnelles. D'inspiration très dylaniennes, I'm a Loser, No Reply et I Don't Want to Spoil the Party évoquent à la perfection son sentiment croissant de déprime.

McCartney se contente de plus classique, bien qu'il signe encore une très belle ballade, I'll Follow the Sun, qu'il a composée à l'âge de 15 ans. Les reprises sont pour leur part choisies dans un répertoire de classiques du rock, et on frise le sans fautes, bien que la prestation de John sur Mr. Moonlight soit parfois vue comme une des moins bonnes chansons du groupe. Quant à George, il est clairement en retrait et se contente d'une interprétation d'Everybody's Trying to Be My Baby de son idole Carl Perkins, également au répertoire du groupe lors des concerts. On peut également relever ses multiples solos de guitare, parfaitement adaptés aux styles des compositions, qui prouvent que George Harrison était un guitariste talentueux, aux multiples facettes.

Souvent vu comme le pire album des Beatles (ou, pour reprendre les termes des critiques, le moins bon), Beatles for Sale reste un disque très agréable à écouter. L'implication de George y est assez minime comparée à ses traveaux futurs, mais le disque possède une sonorité propre, à la fois dynamique et mélancolique, qui s'accorde à la perfection aux tons automnaux de sa pochette. Un de mes amis beatlemaniaque a remarqué qu'il revenait régulièrement à cet album en septembre - octobre, et il est vrai qu'il est particulièrement adapté à cette période. Un album finalement injustement dénigré, probablement meilleur que With The Beatles, notamment, et qui a, une fois encore rencontré un fort succès à l'époque.

Liste des chansons :
  1. No Reply
  2. I'm a Loser
  3. Baby's in Black
  4. Rock and Roll Music
  5. I'll Follow the Sun
  6. Mr. Moonlight
  7. Kansas City/Hey,Hey, Hey, Hey
  8. Eight Days a Week
  9. Words of Love
  10. Honey Don't
  11. Every Little Thing
  12. I Don't Want to Spoil the Party
  13. What You're Doing
  14. Everybody's Trying to Be My Baby
Apple

Help !Help!

Publié le 6 août 1965 par Parlophone.
1ère place des charts au Royaume-Uni pendant 9 semaines
Produit par George Martin.
14 chansons, 34 minutes environ

L'année 1965 commence sur les chapeaux de roue pour les Beatles, avec un nouveau tournage. Le film, cette fois-ci en couleur, part dans une direction plus fantaisiste qu'A Hard Day's Night en mettant en scène une secte indienne à la poursuite de Ringo ; ou plus exactement, de la bague qu'il a au doigt. Si globalement, les Beatles se montreront déçus par ce long métrage qui donne la part belle aux seconds rôles, un événement marque définitivement George : c'est alors qu'ils tournent une scène dans un restaurant indien qu'il entend pour la première fois le son du sitar. La suite est connue.

Comme A Hard Day's Night, l'album Help! comporte sur la face A les chansons du film, et en face B d'autres morceaux. L'ensemble contient plusieurs hits, outre la chanson titre sur laquelle John crie son désespoir, ponctué par le jeu de guitare de George. Paul y signe en effet son légendaire Yesterday, morceau véritablement à part, puisque les autres membres du groupe n'y participent pas. Les deux compositeurs peaufinent également Ticket to Ride, dont le légendaire riff de guitare est joué par McCartney qui, de plus en plus, se permet de prendre la place de guitariste solo lorsqu'il n'est pas satisfait du travail de Harrison.

L'album contient en outre plusieurs chansons aux tonalités folk, notamment l'excellent You've Got to Hide Your Love Away de Lennon, mais aussi I've Just Seen a Face de McCartney. Ce dernier signe également plusieurs morceaux de pop assez classiques, notamment The Night Before et Another Girl, aux qualités musicales limitées mais à l'effiet immédiat. S'ajoutent également deux reprises, le sympathique et country Act Naturally entonné par Ringo, et le bouillant Dizzy Miss Lizzy hurlé par Lennon en fin d'album, comme un écho à Twist and Shout.

George, quant à lui, entame sa mutation en tant que compositeur. Cela fait deux ans qu'il a écrit et interprété Don't Bother Me, et son essai suivant, You Know What to Do, bien que sympathique, restera dans les cartons jusqu'en 1995. Avec Help!, il écrit deux chansons, dont l'une a l'honneur d'être utilisée dans le film. I Need You et You Like Me Too Much restent des chansons de remplissage qui n'auraient eu qu'une qualité modérée sous la plume d'un Lennon ou d'un McCartney de cette époque. Mais elles montrent que, peu à peu, un George Harrison compositeur émerge et rattrape son retard. Du reste, George semble conscient de leur réel niveau : dans son autobiographie I, Me, Mine, ces deux chansons sont les seuls qu'il ne commente pas, et dont il ne donne pas les paroles. Oubli volontaire ou non ? Le geste est dans tous les cas significatif.

Help! fait à l'époque l'effet d'une petite bombe, et cela se conçoit. Entre les rythmes et sonorités nouveaux de Ticket to Ride et Help! notamment, mais surtout l'introduction d'instruments classiques sur Yesterday, les Beatles innovent, et ce petit pas déjà amorcé sur Beatles for Sale va rapidement se transformer en foulées de géant. C'est un album à la saveur immédiate, bien que son goût s'estompe ensuite, probablement plus vite que les perles plus longues à saisir qui suivront.

Liste des chansons :

  1. Help!
  2. The Night Before
  3. You've Got to Hide Your Love Away
  4. I Need You
  5. Another Girl
  6. You're Going to Loose That Girl
  7. Ticket to Ride
  8. Act Naturally
  9. It's Only Love
  10. You Like Me Too Much
  11. Tell Me What You See
  12. I've Just Seen a Face
  13. Yesterday
  14. Dizzy Miss Lizzy
Apple

Pochette de Rubber SoulRubber Soul

Publié le 3 décembre 1965 par Parlophone.
1ère place des charts au Royaume-Uni pendant 8 semaines
Produit par George Martin.
14 chansons, 35 minutes environ

L'album de la maturité, pour les Beatles. Rubber Soul est certainement le meilleur exemple de la rapidité d'évolution du groupe. Ecouter tous leurs albums à la suite est un exercice particulièrement instructif de ce point de vue, permettant de mesurer le chemin parcouru. Nous sommes à la fin de l'année 1965, et si les Beatles font encore hurler les adolescentes dans les stades, ils viennent définitivement de passer dans un autre monde musical. Brian Wilson, le leader des Beach Boys, en est pleinement conscient et sidéré : désormais, le but des groupes n'est plus de produire des singles et de les entourer de chansons de remplissage. Les disques ont une homogénéité qui fait que l'on n'y retrouve plus vraiment de morceau sans réelle personalité. Pour rétorquer, Wilson sortira dès 1966 le légendaire Pet Sounds, auquel les Beatles répondront de façon non moins légendaire.

John Lennon propose ainsi plusieurs chansons parmi ses plus personnelles et touchantes : Girl, Nowhere Man, In My Life... Il évoque également à deux reprises le thème de l'adultère, avec Norwegian Wood, récit d'une nuit d'aventure extra-conjugale, et surtout Run for Your Life, chanson brutale qui clôt l'album, et dans laquelle il menace tout simplement sa femme si elle venait à le tromper, lui expliquant en somme que la mort sera préférable à ce qu'elle subira. Si Lennon a par la suite regretté cette chanson qu'il a jugée horrible, elle est restée l'une des préférées de George, qui la trouvait visiblement très drôle. The Word, enfin, explore le thème de l'amour comme valeur universelle, à un moment où les Beatles entrent de plein pied dans un monde de drogues diverses (Lennon surnommera Rubber Soul « l'album de l'herbe »...).

McCartney évoque également de façon très personnelle ses sentiments, chose nouvelle pour lui. Avec I'm Looking Through You et You Won't See Me, il adresse un certain nombre de reproches à sa fiancée Jane Asher. Ces soucis ne l'empêchent pas de composer plusieurs de ses chansons cultes, notamment Drive My Car, et Michelle, particulièrement chère aux yeux du public français. S'y ajoutent deux chansons mineures composées par le duo, Wait, rescuée des sessions de Help!, et What Goes On, morceau country co-écrit et interprété par Ringo Starr qui s'y illustre particulièrement par son endurance à la batterie (les joueurs de Beatles Rock Band comprendront).

Les compositions signées Harrison sont également en pleine évolution. Cette fois-ci, George tente une chanson engagée, Think for Yourself bien que sa cible reste très vague : quinze ans plus tard, dans ses mémoires, il peine à s'en souvenir. Sa véritable perle est cependant If I Needed Someone, chanson d'amour bien plus subtile et séduisante que ses créations précédentes. Elle aura l'insigne honneur d'être la seule chanson de George interprétée sur scène par les Beatles. Mais sa plus grande contribution se fait, de façon ironique, sur Norwegian Wood. Lors de l'enregistrement de cette ballade de Lennon, George propose d'introduire un instrument qu'il découvre tout juste, le sitar. L'instrument donne sa signature à la chanson, et c'est la première entrée de l'Inde dans le répertoire des Beatles.

Avec Rubber Soul, les Beatles amorcent une nouvelle phase de leur carrière, passant du groupe de rock classique à quelque chose de radicalement novateur. Ils laissent là une valeur sure, dont l'écoute est toujours un plaisir. Une bonne bouffée d'air (ou d'herbe ?).

Liste des chansons :

  1. Drive My Car
  2. Norwegian Wood (This Bird Has Flown)
  3. You Won't See Me
  4. Nowhere Man
  5. Think for Yourself
  6. The Word
  7. Michelle
  8. What Goes On
  9. Girl
  10. I'm Looking Through You
  11. In My Life
  12. Wait
  13. If I Needed Someone
  14. Run for Your Life
Apple

Pochette de Revolver, album des BeatlesRevolver

Publié le 5 août 1966 par Parlophone.
1ère place des charts au Royaume-Uni pendant 6 semaines
Produit par George Martin.
14 chansons, 35 minutes environ

En 1966, les Beatles n'ont publié qu'un album. Harrassés par les tournées, qu'ils arrêtent définitivement à la fin de l'été, poursuivis par les fans, mais également par de nombreux ennemis (les réflexions de John Lennon sur Jésus Christ n'ont pas été du goût de tout le monde...), les quatre garçons décident d'occuper la fin de l'année à une pause salutaire que George passe pour sa part en Inde.

Cependant, l'album publié cette année là en vaut bien deux, tant il fait l'effet d'une bombe. Rubber Soul était un album novateur, mais qui conservait en grande partie une unité de style. Unité totalement rompue sur ce nouveau disque, qui n'hésite pas à aligner satire politique et chansons enfantines, orchestres d'instruments à cordes et montages précurseurs de la musique techno. Les Beatles quittent leurs habits de gentils garçons, consomment du L.S.D., s'intéressent à l'art et à la spiritualité, et expérimentent de plus en plus en studio.

Paul McCartney réussit ainsi à placer sur le disque plusieurs hits. Eleanor Rigby, tout d'abord, devient vite un standard. Chanson sur la solitude de personnages sortant de l'ordinaire, elle se distingue par une orchestration travaillée. Comme sur Yesterday, Paul est le seul Beatle à y contribuer. Il écrit également pour Ringo Starr Yellow Submarine, chanson qui prouve que les Beatles pouvaient, en 1966, tout se permettre, y compris la publication d'une chanson pour enfants qui est devenue l'une de leurs plus célèbres, et ne manque pas de créer des conflits entre ses adeptes et ceux qui trouvent qu'elle nuit à l'image du groupe. McCartney signe également de superbes ballades, notamment Here, There and Everywhere, probablement l'une de ses plus belles chansons, mais aussi For No One. Le tableau est complété par deux morceaux plus vifs, Got to Get You into My Life et Good Day Sunshine.

Lennon serait-il en reste face à cette offensive ? Il est certain que sa position dominante au sein du groupe n'est plus. Il signe cependant plusieurs chansons sympathiques, comme l'ironique Doctor Robert, And Your Bird Can Sing et son riff de guitare mémorable, et I'm Only Sleeping, hymne à la paresse. Dans une tendance psychédélique clairement inspirée par la drogue, il offre également She Said She Said, soutenue à la perfection par le jeu de guitare de George. Mais sa pièce maîtresse est le magnifique Tomorrow Never Knows, chant sur la méditation inspiré par le livre des morts tibétains magnifié par tous les trésors de technique déployés pour en faire une pièce unique. Bien avant les synthétiseurs, Lennon et sa bande offrent un morceau qui pose les bases de ce qui sera, bien plus tard, la musique techno. Le jeu de basse de McCartney et les cymbales de Ringo suffisent à rendre le tout hypnotique.

Dans ce déluge de créativité tous azimuts, George est loin d'être en reste. C'est d'ailleurs lui qui ouvre l'album avec son légendaire Taxman, charge pleine d'humour contre les impôts britanniques. Il signe également le très efficace I Want to Tell You, chanson on ne peut plus concrète sur la difficulté à parler à certaines personnes. Pour la première fois, ses réflexions spirituelles se retrouvent dans ses chansons. Mais le morceau le plus significatif, bien qu'il ne soit pas le plus connu, est Love You To. Pour la première fois, George se plonge dans la philosophie et la musique indienne pour nous faire passer un simple message : « aime tant que tu en as le temps ». Passé le dépaysement dû à son style peu commun en Occident, la chanson devient très appréciable.

Album mythique, considéré comme l'une des pièces maîtresses de l'histoire du rock, Revolver est un incontournable. À (ré)écouter d'urgence.

Liste des chansons :

  1. Taxman
  2. Eleanor Rigby
  3. I'm Only Sleeping
  4. Love You To
  5. Here, There and Everywhere
  6. Yellow Submarine
  7. She Said She Said
  8. Good Day Sunshine
  9. And Your Bird Can Sing
  10. For No One
  11. Doctor Robert
  12. I Want to Tell You
  13. Got to Get You Into My Life
  14. Tomorrow Never Knows
Apple

Pochette de Sgt. Pepper`s Lonely Hearts Club BandSgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band

Publié le 1er juin 1967 par Parlophone.
1ère place des charts au Royaume-Uni pendant 23 semaines
Produit par George Martin.
13 chansons, 39 minutes environ

Le plus grand album de tous les temps selon le prestigieux magazine Rolling Stone. C'est tout à fait possible, tant Sgt. Pepper's développe des trésors d'ingéniosité, de créativité. Nous sommes au début de l'année 1967, les Beatles retournent en studio, libérés de leurs contraintes de tournées. McCartney propose alors de faire partir l'album en tournée à leur place, sous la forme d'un groupe fictif aux allures de fanfare. Le Sergent Pepper et son groupe des coeurs solitaires est né. Si le concept se limite au final à la pochette de l'album et à l'enchaînement des deux premières chansons, puis à la reprise du thème principal en fin d'album, le concept est là.

Alors que John Lennon trouve refuge dans le L.S.D. pour lutter contre l'emprise de son ego, McCartney tient les rènes et compose un bon lot de grandes chansons. Outre la chanson titre, il signe pour Ringo Starr le très touchant With a Little Help from My Friends. Il explore également multiples thématiques : les fugues adolescentes, sous les regards croisés de la fugueuse et de ses parents, dans She's Leaving Home, les joies de la décoration en intérieur dans Fixing a Hole, l'illumination d'une vie grâce à l'amour, dans Getting Better, la vieillesse dans When I'm Sixty Four (chanson qu'il a composée adolescent), et même une audacieuse séance de drague sur contractuelle dans Lovely Rita. Les genres sont aussi variés que les thèmes, avec des incursions dans le rock, mais aussi dans le style de music hall, et des tonalités plus psychédéliques. Les guitares sont toujours là, mais de plus en plus accompagnées de clavecin, de piano, d'accordéon, de harpes et d'orchestres à cordes, et même, pour la plus grande joie de George, d'instruments indiens.

Lennon n'est pas en reste puisque, entre deux trips, il compose deux morceaux totalement psychédéliques, l'onirique Lucy in the Sky with Diamonds, et Being for the Benefit of Mister Kite, qui nous ramène dans l'ambience des foires et fêtes foraines victoriennes. Deux grandes réussites. John compose également Good Morning Good Morning, fantaisie plus banale par son thème, mais totalement déjantée dans sa mise en scène. C'est, enfin, la chanson finale de l'album, A Day in the Life qui scelle la collaboration entre les deux artistes. Deux chansons différentes se retrouvent judicieusement mélangées, une partie plus acoustiques et sentimentale de Lennon encadrant un morceau au tempo rapide de McCartney. Le tout renforcé et rendu cohérent par des montées orchestrales spectaculaires.

Sgt. Pepper n'a jamais été l'album préféré de George Harrison. Comme Ringo, il s'est plutôt ennuyé pendant son enregistrement car, tandis que Lennon et McCartney se lançaient dans le polissage de leurs morceaux et les multiples overdubs, leur participation était bien peu utile. Ringo a ainsi appris à jouer aux échecs durant ces longues sessions. Il a tout d'abord tenté de faire part de sa frustration dans le morceau Only a Northern Song, mais ses compagnons n'ont pas vraiment goûté la blague et lui ont demandé de revoir sa copie. C'est chose faite avec le superbe Within You Without You, traité musical de philosophie indienne, sur la vie, la mort, l'amour... Le coeur spirituel du disque, que l'on adore ou déteste, mais qui laisse rarement indifférent.

Est-il besoin d'ajouter quelque chose sur cette pièce majeure de notre patrimoine musical ? Personnellement, Pepper ne m'a pas immédiatement séduit. Aucune de ses chansons ne fait partie des hits les plus diffusés, et il faut se laisser pénétrer par elles pour bien les savourer. Une fois cette démarche effectuée, l'album devient un régal.

Liste des chansons :

  1. Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band
  2. With a Little Help from My Friends
  3. Lucy in the Sky with Diamonds
  4. Getting Better
  5. Fixing a Hole
  6. She's Leaving Home
  7. Being for the Benefit of Mr. Kite
  8. Within You Without You
  9. When I'm Sixty-Four
  10. Lovely Rita
  11. Good Morning Good Morning
  12. Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (Reprise)
  13. A Day in the Life
Apple

Pochette de Magical Mystery TourMagical Mystery Tour

Publié le 27 novembre 1967 par Capitol Records
1ère place des charts aux Etats-Unis
Produit par George Martin.
11 chansons, 37 minutes environ

Que faire lorsque l'on vient de publier un des plus grands albums de l'histoire du rock ? C'est en somme la question que se posent les Beatles à la fin de l'été 1967. Impossible de se reposer sur leurs lauriers : ils savent que la critique veille au grain. Vient s'ajouter un événement désastreux, la mort à la fin du mois d'août de leur manager, Brian Epstein. Curieusement, celle-ci survient alors que le groupe, à l'incitation de George, s'est rendu à une conférence sur la méditation transcendentale ; nul doute que le choc causé nécessite alors une forte aide spirituelle...

Une fois passé le traumatisme, Paul prend les choses en main et mène avec poigne la réalisation du projet suivant, le film Magical Mystery Tour. Ce téléfilm totalement bigarré est placé sous le signe de l'incohérence volontaire et du psychédélisme. La trame, minimale, sert de prétexte à des numéros improvisés et loufoques ou a des séquences oniriques et poétiques. Si Lennon reste en retrait, on lui doit le cœur du projet, le fantastique I Am the Walrus. S'y ajoute la composition de Paul McCartney qui donne son titre à l'album et reste une chanson classique mais efficace, et surtout, The Fool on the Hill, classique de Paul qui réussit à faire passer de nombreuses émotions. Dans la veine de When I'm Sixty Four, Your Mother Should Know est, de son côté, un sympathique air de music hall. S'ajoutent enfin un instrumental jazzy, Flying, né de jam sessions chaotiques, et la contribution de George, le facétieux et psychédélique Blue Jay Way qui n'est pas l'une de ses meilleures chansons. L'ensemble est convenable, mais pas mirobolant, et ne justifie pas un album. C'est donc au format de double EP (des maxis 45 tours) que Magical Mystery Tour est publié au Royaume-Uni.

De l'autre côté de l'Atlantique, ce format n'est pas tolérable, et ne s'est jamais vraiment implanté. Capitol Records a alors la brillante idée d'ajouter sur l'album les singles publiés par le groupe en 1967. Et il faut dire que du hit, il y en a. À commencer par le double face A publié en amont de Pepper, avec le magnifique Strawberry Fields Forever de Lennon, et Penny Lane, grand classique de McCartney. S'ajoute également le single publié en été à la suite de l'émission de télévision Our World diffusé mondialement : les Beatles ont interprété et enregistré en direct All You Need Is Love, appelé à devenir l'un de leurs tubes et l'hymne de cet été 1967. Quant au Hello, Goodbye de McCartney, c'est une chanson gentillette qui, si elle ne s'illustre pas par la profondeur de son texte, marche plutôt bien.

Sous ce format américain qui s'est ensuite répendu dans le monde entier, Magical Mystery Tour est une véritable bombe, dont la face B, notamment, ne peut que séduire. La contribution de George y est cependant assez minoritaire d'un point de vue instrumental (on relèvera cependant son solo sur All You Need Is Love). Blue Jay Way est une chanson sympathique, mais qui demande un certain degré de compréhension. Malgré cela, le disque reste un incontournable.

Liste des chansons :

  1. Magical Mystery Tour
  2. The Fool on the Hill
  3. Flying
  4. Blue Jay Way
  5. Your Mother Should Know
  6. I Am the Walrus
  7. Hello, Goodbye
  8. Strawberry Fields Forever
  9. Penny Lane
  10. Baby, You're a Rich Man
  11. All You Need Is Love
Apple

Album blanc, pochetteThe Beatles (l'« album blanc »)

Publié le 22 novembre 1968 par Capitol Records
1ère place des charts pendant 8 semaines au Royaume-Uni et 9 aux États-Unis
Produit par George Martin.
30 chansons, 93 minutes environ

Après leur téléfilm Magical Mystery Tour, qui connaît un accueil critique assez moyen, les Beatles mettent près d'un an avant de publier un nouvel album. La contrepartie est que, sous cette pochette d'un blanc immaculé, se cachent deux disques et trente chansons. Est-ce trop ? C'est entre autres ce que pense George Martin, le producteur, qui juge qu'une partie de ses chansons sont un surplus. Il faut dire que devant ce fourre-tout mélange de thèmes et de style, la déstabilisation peut-être grande. L'album blanc est à la fois un grand disque des Beatles, et peut-être le plus difficile à appréhender. Mais une fois que ce travail est fait, c'est un véritable régal...

L'album blanc est le résultat d'aventures humaines et spirituelles qui n'ont pas manqué de tourner aigre, parfois. ce fut tout d'abord l'effet du voyage du groupe en Inde, à l'instigation de George. Escapade spirituelle auprès du Maharishi Mahesh Yogi, l'escapade a tourné aigre suite à des rumeurs. C'est ensuite des moments d'osmose du groupe sur certains morceaux, et à l'inverse de véritables pétages de plombs lorsqu'une chanson peine à être enregistrée. Plus que jamais, les musiciens se séparent, enregistrent chacun dans leur studio. À côté d'épiques prestations du groupe comme sur Birthday ou encore Yer Blues, on trouve des chansons enregistrées intégralement en solo : Mother Nature's Son, Julia... L'ambiance est telle que l'ingénieur du son des Beatles, Geoff Emerick, qui a fortement participé aux innovations des albums précédents, jette l'éponge. Le producteur George Martin prend également de salutaires vacances. Même Ringo quitte provisoirement le groupe, et est remplacé par Paul à la batterie sur plusieurs chansons.

Le disque qui en sort est pourtant très bon, et diversifié. L'Inde n'y est plus présente dans la musique même, mais les paroles font souvent référence au séjour à Rishikesh. Dear Prudence et The Continuing Sory of Bungalow Bill sont ainsi des allusions à des compagnons de séjour ; Mother Nature's Son est l'écho d'une leçon du Maharishi sur la protection de l'environnement. Quant à Sexy Sadie, c'est un réqusitoire à l'encontre du maître spirituel suite aux rumeurs.

Du côté de Lennon, l'influence de Yoko Ono se fait sentir à de multiples reprises, dans Hapiness Is a Warm Gun, Everybody's Got Something to Hide Except for Me and My Baby, I'm So Tired et Julia. On pourra en revanche passer sur le collage sonore Revolution 9, qui a ses amateurs, dont je ne fais pas partie. Pour sa part, McCartney s'amuse à des exercices de style avec une chanson dans le style des années 1920, Honey Pie, et, à l'inverse, un Helter Skelter précurseur du hard rock. L'acoustique Blackbird fait référence au combat pour l'égalité des noirs américains, et Rocky Racoon est un essai de chanson western. On passera aisaiement en revanche sur Wild Honey Pie, petit délire musical sans grand intérêt, conservé à la demande de Pattie Harrison. Ringo, enfin, se lance dans sa toute première composition, le countrysant Don't Pass Me By, qui est, pour un premier essai, très sympathique.

Du côté de George, le format double lui permet d'imposer de plus nombreuses compositions. Ce sont donc quatre chansons qui apparaissent. Cette fois-ci, le style indien n'est plus au rendez-vous. Harrison ose un nouveau style à base de cuivres et d'orgue sur l'humoristique Savoy Truffle, qui devient ensuite une combinaison courante dans son répertoire. Sur Long, Long, Long, c'est les tonalités acoustiques qui priment, dans une émouvante déclaration d'amour, qui cache en réalité un message spirituel. Dans Piggies, il revient à sa verve engagée, tout en adoptant un style baroque souligné par du clavecin. Enfin, la pièce maîtresse de George Harrison sur l'album blanc est le grandiose While My Guitar Gently Weeps. Il invite sur ce morceau son ami Eric Clapton à jouer de la guitare pour deux emblématiques solos.

Difficile à aborder dans sa globalité, l'album blanc regorge pourtant de pépites cachées qui se découvrent sur le long terme. En témoignent par exemple I Will, Julia, Mother Nature's Son... Mais la pièce maîtresse, pour tout amateur de George, reste While My Guitar Gently Weeps.

Liste des chansons du disque 1 :

  1. Back in the USSR
  2. Dear Prudence
  3. Glass Onion
  4. Ob-La-Di Ob-La-Da
  5. Wild Honey Pie
  6. The Continuing Story of Bungalow Bill
  7. While My Guitar Gently Weeps
  8. Hapiness Is a Warm Gun
  9. Martha My Dear
  10. I'm So Tired
  11. Blackbird
  12. Piggies
  13. Rocky Racoon
  14. Don't Pass me By
  15. Why Don't We Do It in the Road
  16. I Will
  17. Julia

Liste des chansons du disque 2 :

  1. Birthday
  2. Yer Blues
  3. Mother Nature's Son
  4. Everybody's Got Something to Hide Except for Me and My Baby
  5. Sexy Sadie
  6. Helter Skelter
  7. Long, Long, Long
  8. Revolution 1
  9. Honey Pie
  10. Savoy Truffle
  11. Cry Baby Cry
  12. Revolution 9
  13. Good Night
Apple

Yellow SubmarineYellow Submarine

Publié le 17 janvier 1969 par Capitol Records
2e place des charts aux États-Unis, 3e place au Royaume-Uni
Produit par George Martin.
13 chansons (dont 7 instrumentaux), 40 minutes environ

Dès 1967, les Beatles ont été contactés pour participer à la réalisation d'un dessin animé les mettant en scène. Le projet, qui les séduisait au premier abord, les a cependant rapidement ennuyés, et ils s'en sont désintéressés. Le résultat en est que lorsqu'il est demandé des chansons pour le film, ils donnent des compositions anciennes et quelques fonds de tiroir. Malgré cela, le film est un succès critique et commercial à sa sortie en 1968.

Afin de commercialiser les chansons inédites, il est décidé de produire un nouvel album, qui ne sort que deux mois après l'album blanc. De l'avis général, cet album est une assez mauvaise affaire pour le non-fan. En effet, sept des treize chansons sont en réalité les morceaux instrumentaux composés par George Martin pour le film d'animation. De très bons instrumentaux, certes, mais pas du tout ce que l'on attend d'un album des Beatles. À cela s'ajoutent Yellow Submarine et All You Need Is Love, deux chansons déjà publiées sur single et sur album.

Restent donc les quatre morceaux inédits. On passera rapidement sur All Together Now, charmante chanson de scouts par McCartney qui, bien qu'entraînante, ne s'illustre pas par sa profondeur. Le Hey Bulldog de Lennon, par son riff énergique et le chant enthousiaste et vif, s'illustre fortement. Restent enfin les deux compositions de George datées de 1967, Only a Northern Song et It's All Too Much. À leur sujet, les avis sont partagés. Les plus réticents aux ouvrages trop psychédéliques peuvent passer leur chemin. Les autres, en revanche, apprécieront deux pièces finement ouvragées.

Acheté seul, Yellow Submarine est le seul album des Beatles dont on puisse réellement se passer, puisqu'il ne propose finalement que quatre chansons inédites. En revanche, une réédition produite en 1999, Yellow Submarine Songtrack propose le disque en son Surround. Cette fois-ci, les six chansons de l'album original sont complétées par neuf autres tirées du film. L'achat est alors bien plus recommandé.

Liste des chansons :

  1. Yellow Submarine
  2. Only a Northern Song
  3. All Together Now
  4. Hey Bulldog
  5. It's All Too Much
  6. All You Need Is Love
  7. Pepperland
  8. Sea of Time
  9. Sea of Holes
  10. Sea of Monsters
  11. March of the Meanies
  12. Pepperland Laid Waste
  13. Yellow Submarine in Pepperland
Apple

Abbey Road

Publié le 26 septembre 1969 par Apple Records.
1ère place des charts au Royaume-Uni pendant 17 semaines
Produit par George Martin.
17 chansons, 47 minutes environ

Un passage piéton devenu aujourd'hui lieu de pélerinage. C'est l'image la plus fréquemment associée à Abbey Road, l'un des albums les plus populaires des Beatles. C'est un album enfanté dans la douleur, après les chaotiques sessions du projet Get Back au début de l'année 1969. Les Beatles savent alors que le groupe est détruit, et veulent finir en beauté. Inutile de dire que le pari est réussi.

Pour cet ultime coup, John Lennon est un peu en retrait : il faut dire qu'il sort tout juste d'un accident de voiture ; et que le groupe ne l'intéresse plus vraiment. Il ne participe d'ailleurs pas à toutes les chansons. C'est cependant l'auteur du morceau introductif, Come Together, initialement chanson politique qui n'a pas trouvé son usage premier. Avec elle, Lennon compose un futur classique du groupe. Because, chanté en harmonie sur fond de clavecin, est également de toute beauté. On peut en revanche être réservé sur le (trop ?) long I Want You (She's So Heavy), morceau assez répétitif et lugubre, pourtant marqué par la virtuosité du jeu de basse et de batterie de Paul et Ringo.

McCartney, pour sa part, donne sa signature à une bonne part de l'album, avec notamment son étonnant et humoristique Maxwell's Silver Hammer (qui raconte de façon décalée un... triple meurtre à coups de marteau), le déchirant Oh! Darling, sacrée performance vocale, mais surtout le medley d'Abbey Road qu'il concocte avec George Martin à partir de chansons inachevées composées par le duo Lennon/McCartney (avec une forte dominante pour ce dernier). Le tout, qui occupe la plus grande partie de la face B, est une véritable symphonie avec plusieurs morceaux de bravoure trouvant son apogée sur The End, seul morceau à contenir un solo de Ringo, qui contient également trois solos de guitare signés Lennon, McCartney et Harrison. On appréciera enfin Octopus's Garden, charmante composition du batteur du groupe, très probablement aidé de George.

Ce dernier est ici au sommet de sa participation au groupe. Par la signature sonore du disque, tout d'abord, puisqu'il introduit le synthétiseur Moog (qu'il a expérimenté sur Electronic Sound). Il est surtout à l'origine de deux des plus belles chansons de l'album, Here Comes the Sun et Something. La première est un morceau rafraîchissant devenu culte. La seconde est un des hits des Beatles (et la seule face A de George avec le groupe, qui a déjà publié peu de temps avant une face B, Old Brown Shoe), d'une qualité telle que Frank Sinatra en dira que c'est la plus belle chanson... de Lennon/McCartney.

Abbey Road a longtemps été mon album préféré des Beatles. Ce n'est plus le cas, non parce que j'ai revu mon jugemnt à son égard à la baisse, mais au contraire parce que j'ai de plus en plus apprécié les autres. C'est un disque à ne pas manquer, tout simplement.

Liste des chansons :

  1. Come Together
  2. Something
  3. Maxwell's Silver Hammer
  4. Oh! Darling
  5. Octopus's Garden
  6. I Want You (She's So Heavy)
  7. Here Comes the Sun
  8. Because
  9. You Never Give Me Your Money
  10. Sun King
  11. Mean Mr. Mustard
  12. Polythene Pam
  13. She Came In Through the Bathroom Window
  14. Golden Slumbers
  15. Carry That Weight
  16. The End
  17. Her Majesty
Apple

Pochette de Let It BeLet It Be

Publié le 8 mai 1970 par Apple Records.
1ère place des charts au Royaume-Uni pendant 3 semaines
Produit par Phil Spector.
12 chansons, 35 minutes environ

S'il est un album polémique dans la discographie des Beatles, c'est certainement celui-ci, qui a divisé jusqu'aux Beatles eux-mêmes. Apple Records se trouvait, début 1970, dans une situation délicate. Le groupe vient de se séparer tout en laissant les bandes des enregistrements de janvier 1969. Personne ne compte en tirer quelque chose, et aucun producteur n'est vraiment disposé à s'en charger. Le manager du groupe, Allen Klein, demande donc à Phil Spector de s'en charger, suivi dans cette direction par Lennon, Harrison et Starr. McCartney est, en revanche, farouchement opposé à cette production.

Le résultat se ressent sur plusieurs chansons, notamment Across the Universe, The Long and Winding Road et I Me Mine, sur lesquelles sont rajoutées des orchestrations travaillées, et parfois jugées surchargées. C'est souvent le reproche le plus souvent fait à l'album, mais il reste en réalité très limité. Globalement, restent des morceaux dans la veine rock des débuts du groupe, comme le voulait McCartney : on s'arrêtera notamment sur Dig a Pony, I've Got a Feeling et Get Back. McCartney signe également deux ballades de toute beauté, notamment Let It Be, classique des classiques, mais aussi The Long and Winding Road, bien que la version dépouillée proposée en 2003 par Let It Be... Naked soit bien plus poignante. De la même manière, on peut savourer les différentes versions du superbe Across the Universe, chanson émouvante et séduisante de John Lennon.

Si McCartney a fortement hurlé après Let It Be version Spector, allant jusqu'à demander à George Martin d'en refaire une version trente ans plus tard, George ne s'y est pas réellement opposé. Il a d'ailleurs suffisamment apprécié le travail de Spector pour lui demander de produire son plus grand album, All Things Must Pass, quelques mois après. Ses contributions à Let It Be ne manquent pas de charme. For You Blue est un petit blues sans prétention, étrangement éloigné des considérations spirituelles habituelles, qui se laisse franchement écouter. On y découvre Lennon jouant de la guitare hawaïenne dont Harrison usera par la suite. I Me Mine est une autre pièce de choix dans laquelle George s'indigne face à l'égoïsme croissant du monde, tout en reconnaissant être parfois dépassé par son ego. Spector a ajouté des orgues à cette chanson, et doublé le dernier couplet pour la rallonger. On notera d'ailleurs que I Me Mine fut la toute dernière chanson enregistrée par le groupe, début janvier 1970, alors que Lennon était déjà parti.

Let It Be est donc un album controversé, mais pas mauvais pour autant. Il faut parfois un certain temps pour lui trouver du charme : à ceux qui seraient dubitatifs face à lui, je ne saurais que trop recommander d'écouter la version dépouillée, Let It Be... Naked, qui les réconciliera peut-être avec le dernier album du groupe.

Liste des chansons :

  1. Two of Us
  2. Dig a Pony
  3. Across the Universe
  4. I Me Mine
  5. Dig It
  6. Let It Be
  7. Maggie Mae
  8. I've Got a Feeling
  9. One After 909
  10. The Long and Winding Road
  11. For You Blue
  12. Get Back
Apple
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