George Harrison

1943 - 2001

 
 

De dernier né d'une famille vivant dans un quartier difficile de Liverpool, George Harrison est devenu en quelques années le guitariste du groupe le plus populaire de son époque. Ce simple constat suffit déjà à montrer à quel point sa vie fut exceptionnelle. Il est en effet rare qu'un enfant que l'on destine à une formation d'électricien deviennent en quelques années, non seulement riche et populaire, mais également passionné par la philosophie indienne, s'initie au sitar, et soit estimé par des gens comme Ravi Shankar. Les 58 ans que vécut George Harrison furent une succession de moments fastes et difficiles, de période d'intense créativité et de retraites spirituelles ou horticoles... C'est sur cette vie que cette page se propose de revenir.

Une enfance dans le Liverpool d'après-guerre

Maison d`Arnolg Grove
C'est dans cette maison d'Arnold Grove que George Harrison a passé ses premières années.

George Harrison nait le 25 février 1943 (où bien était-ce le 24 ? Il lui faudra de nombreuses années avant de s'en assurer) à Liverpool. Dernier de quatre enfants, fils d'un ancien steward dans la marine marchande devenu conducteur de bus, il vit dans des conditions assez précaire. Sa maison dans le quartier de Wavetree ne contenait que quatre pièces dont une, dit-il, qui ne servait pas à cause du grand froid ! Il considère toutefois que, malgré un quartier assez difficile, il a eu une enfance heureuse.

Elevé dans une famille catholique, George apprend les rudiments de la religion, à son grand regret d'ailleurs comme il le découvrira plus tard. À dix ans, une inflammation des reins le cloue à l'hôpital durant plusieurs semaines. C'est à cette époque qu'il achète une guitare à un camarade de classe. L'instrument, qui ne lui fait pas grand effet, finit cassé en plusieurs morceaux. Ce n'est que quelques temps plus tard qu'il apprend les accords de base auprès d'un ami de son père. Comme tous les membres des Beatles, il a appris la musique « sur le tas » et ne sait pas l'écrire, ce qui ne l'empêche pas de travailler son jeu tout au long de sa vie.

Cet intérêt pour la musique le rapproche bien vite d'un camarade de collège légèrement plus âgé, qui prend le même bus que lui et joue de plusieurs instruments. Tous deux deviennent rapidement bons amis.

Des fêtes de paroisses à la Reeperbahn

George Harrison à l`époque de Hambourg
George Harrison à l'époque où les Beatles se produisent à Hambourg : coiffure de rockers et blousons de cuir sont alors leur style.

Un soir, Paul invite George, alors âgé de 14 ans, à assister à un concert de son groupe, The Quarrymen, suite à quoi le « chef » du groupe, John Lennon, l'auditionne au fond d'un bus à impériale. « Vas-y, joue lui Raunchy ! » lui dit Paul, et George entame cet instrumental sur sa guitare avec une virtuosité qui impressionne Lennon. Malgré ses réticences à engager quelqu'un de trois ans son cadet, John est scié, et accepte. George rejoint donc le groupe en février 1958 et parcourt les fêtes paroissiales et autres petits concerts pendant quelques mois. Durant l'été, ils réunissent même quelques pounds pour enregistrer leur premier disque, dans un petit studio amateur. Deux prises, deux chansons. D'un côté, That Will Be the Day, de Buddy Holly, dont George reprend avec brio la subtile et très rapide introduction, de l'autre, une composition de Paul interprétée par John : In Spite of All the Danger, dans laquelle George interprète un solo qui lui vaut d'être crédité comme co-auteur. Le disque ne sera rendu public que sur les albums de la série Anthology en 1995.

Puis viennent enfin les contrats sérieux, en 1960. La grande mode de l'époque, pour les groupes anglais débutants, consiste à jouer dans les quartiers chauds de Hambourg. C'est ainsi que les cinq tout récemment nommés Beatles (ils sont en effet cinq, la batterie étant tenue par Pete Best, et la basse par un ami de Lennon, Stuart Sutcliffe) débarquent en Allemagne pour jouer et vivre dans des conditions précaires. Logés à l'arrière d'un cinéma porno, chargés de jouer des heures durant devant un public parfois violent, les garçons vivent également une expérience nouvelle. Les filles de Hambourg sont beaucoup plus libérées que celles de Liverpool, et c'est ici que George, alors âgé de 17 ans, découvre le sexe dans la chambre qu'il partage avec ses compères... qui l'ovationnent une fois sa tâche effectuée !

Les journées de travail se succèdent, et le groupe sympathise avec un couple d'allemands amateurs d'art, échoués dans leur club par hasard. Lui s'appelle Klaus Voormann. Dessinateur, bassiste, il est fasciné par le jeu et les performances scéniques du groupe. Il jouera bien souvent de la basse sur les disques des Beatles en solo, notamment de John et George, dont il est assez proche. Elle s'appelle Astrid Kircherr, est photographe et... amoureuse de Stuart qui quitte le groupe pour reprendre des études d'art sur son conseil. Le couple allemand, maintenant dissous, reste proche des Beatles, et c'est Astrid qui prend les premières photos d'eux, avec leurs blousons de cuir, lunettes noires...

L'escapade est de courte durée pour George cependant. Bien vite, les Beatles se voient proposer un nouveau contrat et quittent leur patron, un vieil allemand agressif aux airs de mafieux, qui ne voit pas cela d'un bon oeil... Il dénonce George, encore mineur, aux autorités, et celui-ci est bon pour un aller simple pour Liverpool. Les Beatles éclatent, tout semble mal parti... Jusqu'au jour où John, Paul, George et Pete décident de rempiler, au milieu de 1961, et de rejouer dans leur ville natale, avant de satisfaire un nouvel engagement à Hambourg après les 18 ans de George.

Premiers disques, premiers succès

Portrait de Brian Epstein
Brian Epstein, manager des Beatles jusqu'à sa mort en 1967, est celui qui leur a donné leurs marques de fabrique, en particulier leurs costumes.

Ce retour à Hambourg s'accompagne d'une superbe occasion, puisque les Beatles rencontrent un chanteur britannique à succès dans ce pays, Tony Sheridan, qui les prend en amitié et leur propose de participer à son nouveau disque, My Bonnie. Bonheur ultime, les Beatles ont quelques pistes pour eux seuls, notamment une reprise de Ain't She Sweet, classique qui a bercé leur jeunesse. Bien sûr, le disque est anecdotique, bien sûr, il aurait dû sombrer dans l'oubli... Mais c'est leur disque, et la première fois que leur musique se vend. Lorsqu'ils reviennent à Liverpool, quelques contrats au célèbre Cavern Club, une boîte de musique dans une cave surchauffée où s'entasse le public jusqu'à l'évanouissement, ont tôt fait de leur donner une certaine notoriété.

Dans un petit magasin d'élecroménager dont il tient le rayon disques, le jeune Brian Epstein entend de plus en plus de jeunes lui demander un disque introuvable, My Bonnie, par « Tony Sheridan and the Beat Brothers », qu'il finit de commander en Allemagne. Surpris par le succès impromptu de ces jeunes qui jouent à quelques rues de là, il s'aventure au Cavern, pourtant bien éloigné de son mode de vie. Ce qu'il y découvre change son existance. Certes, ce que ces jeunes jouent n'est pas du Bach, certes, leur tenue volontairement tapageuse et leur attitude parfois vulgaire laissent à désirer, mais ils ont, indéniablement, quelque chose qui attire le public. Très vite, Epstein leur propose de devenir leur manager, ce qu'ils acceptent. Derrière ce beau nom se trouve surtout la tâche ingrate de démarcher les maisons de disques pour en trouver une prête à leur donner leur chance. Et celles-ci, situées à Londres, ne sont pas franchement intéressées par l'idée d'embaucher de « petits gars du nord ».

Après de nombreux refus vient enfin l'audition qui déclenche tout. Le label Parlophone recherche en effet un groupe pour diversifier ses activités, centrées sur les disques comiques. En ce 6 juin 1962, les quatre garçons se rendent donc à leur audition et entament leur répertoire classique à base de chansons telles que Besame Mucho, mais aussi leurs propres compositions, comme Love Me Do. Plutôt enthousiaste, les auditeurs vont chercher le producteur responsable, George Martin, qui se rend immédiatement compte qu'il y a quelque chose à faire avec ces quatre garçons qui ont troqué leur cuir pour des costumes. En réalité, Martin ne pense qu'à trois d'entre eux. Pete Best ne lui plait pas, et les trois autres ne raffolent pas de lui. Ils ont récemment repéré un batteur expérimenté tournant avec Rory Storm and the Hurricanes et se faisant surnommer Ringo Starr. Ce type a beau être plus célèbre qu'eux, il garde un côté modeste et drôle qui plait tout de suite aux trois autres, et à George en particulier. Ce sera lui, leur batteur.

Dès septembre, ils entrent dans les studios EMI d'Abbey Road pour enregistrer Love Me Do, leur premier single, qui atteint une modeste 17e place dans les charts. Modeste, certes, mais EMI a maintenant la confirmation du potentiel du groupe, qui commence quelques tournées au Royaume-Uni. À la fin de l'année, un nouveau single, plus élaboré, est préparé pour le mois de janvier 1963. Please Please Me atteint la première (ou deuxième, selon les classements) place des charts. Le succès est là, ne reste qu'à le péréniser.

Beatlemania !

George Harrison et Pattie Boyd durant le tournage d`A Hard Day`s Night
George Harrison rencontre sa future épouse, Pattie Boyd, sur le tournage du film A Hard Day's Night.

Dans les mois qui suivent, les Beatles vivent une période irréelle. Les foules se massent pour les voir, les publics hurlent, les filles s'évanouissent. Le premier album, Please Please Me, reste en première plasse des charts pendant 30 semaines consécutives. George y chante deux chansons : Chains, reprise d'un tube des Cookies, et Do You Want to Know a Secret, composée par John. L'album est détrôné par le deuxième opus du groupe, With The Beatles... qui reste en tête des charts 22 semaines. En tout, les Beatles monopolisent le sommet pendant plus d'un an ! Et George y signe son premier titre, Don't Bother Me, un rock assez classique.

La folie s'accélère, les tournées européennes aussi. Un film est en préparation : nommé A Hard Day's Night, il raconte la vie du groupe à cette époque. George y fait ses premiers pas en tant qu'acteur... et y rencontre le mannequin Pattie Boyd, sa future femme. Dans le même temps, le groupe apparaît début 1964 au Ed Sullivan Show, émission renommée aux États-Unis, où les Beatles peinent à s'imposer. L'émission démolit tous les records d'audience. Hôtels de luxe, hurlement de fans, concerts devant la famille royale... Les Beatles vivent une expérience inouie et jamais vécue. En Amérique, Bob Dylan les initie également à la marijuana, véritable révélation pour le groupe. George est cependant bien vite las de ce train de vie épuisant.

Un deuxième film est tourné en 1965 ; Help!. Harrison y découvre pour la première fois l'Inde à travers le scénario, qui met en scène une obscure secte indoue. C'est le début d'une grande histoire d'amour : pris de curiosité, il s'achète un sitar. À la fin de l'année, sur Rubber Soul, il compose deux chansons plus élaborées, notamment le très beau If I Needed Someone. Mais surtout, il innove en demandant à rajouter des phrases de sitar dans une chanson de John : Norwegian Wood. Les Beatles innovent, et George y est pour beaucoup.

Période indienne

George Harrison jouant du sitar
George joue lui même du sitar sur plusieurs chansons des Beatles.

La découverte de l'Inde est un révélateur pour George, qui y passe des vacances fin 1966 et apprend le sitar avec Ravi Shankar. La spiritualité indienne le séduit particulièrement. Pour la première fois, on ne lui dit plus de croire parce que c'est ce qu'il faut croire, mais de croire s'il a une raison de croire. Décidé à partager cette passion, Harrison introduit l'Inde dans les albums des Beatles avec Love You To, première de ses compositions « à l'indienne ». Une toute autre facette de George apparaît au même moment lorsqu'il découvre avec horreur que la plus grande partie de ses revenus disparaît dans ses impôts. En débouche le bouillant Taxman, charge virulante contre les percepteurs britanniques.

Dans le même temps, Lennon s'attire les foudres des Chrétiens de tous bords en déclarant que le groupe est plus populaire que Jésus ; les Beatles manquent de se faire lyncher à Manille pour avoir refusé une invitation dictatoriale, et reçoivent des menaces de morts pour jouer dans le très sacré Budokan de Tokyo. Cela, ajouté aux cris incessants des fans histériques, dégoute les quatre garçons de la scène, en particulier George. À la fin de l'été 1966, les Beatles le savent, ils ne feront plus de tournée.

Cela leur permet de se tourner vers des projets plus élaborés, avec l'album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band. La chanson de George pose problème : que ce soit son Only a Northern Song ou It's All Too Much, rien ne semble d'assez bon niveau pour l'album (elles seront finalement utlisées en 1969 sur Yellow Submarine, album bâclé par le groupe pour le dessin animé du même nom). George se tourne alors de nouveau vers l'Inde avec Within You Without You, qui laisse Lennon pantois d'admiration.

À la même époque, Harrison découvre la méditation, et les enseignements d'un étrange petit bonhomme, le Maharishi Mahesh Yogi. Les quatre Beatles, séduits par sa personnalité, se rendent à une de ses conférences dans le Pays-de-Galles. Un drame survient alors avec la mort de Brian Epstein, suite à une overdose. Tous, en particulier John, sont perdus. Quelques mois plus tard, début 1968, le groupe part en Inde pour un stage de méditation auprès du Maharishi et d'autres célébrités. George et John en profitent pleinement, mais des rumeurs sur une tentative de viol de la part du gourou ont tôt fait d'attiser leur colère et de les faire regagner leur pénates.

Plus blanc que blanc, et le début de la fin

Album blanc, pochette
L'album blanc marque de nouveaux progrès dans la créativité de George Harrison, mais aussi de nouvelles tensions entre les Beatles.

À leur retour en studio, au printemps 1968, les Beatles ne sont plus les même. John est amoureux de Yoko et l'impose en studio... et George ne supporte pas Yoko. Même Ringo, pourtant du genre placide, a du mal à supporter sa présence permanente. Quant à Paul, il est plus autoritaire que jamais. Il sait ce qu'il veut faire, et comment. Et si George veut rajouter des solos de guitare sur Hey Jude, Paul ne prend pas de gants pour lui dire que ce n'est pas la peine. Prises de becs monstres, affirmation des personnalités, telles sont les sessions de l'« album blanc » qui font fuir l'ingénieur du son Geoff Emerick et, pour un temps, un Ringo dépité. Chacun a moultes chansons à imposer, à tel point que l'album devient double. George, dépité du peu de bonne volonté que mettent les autres à enregistrer sa superbe While My Guitar Gently Weeps demande à son ami Eric Clapton de venir y mettre sa patte. Quand à son Not Guilty, elle fait l'objet de près de cent prises avant d'être abandonnée. Heureusement, il reste de grands moments de fusion de groupe, comme cet enregistrement de Yer Blues dans une petite pièce où les quatre garçons redeviennent ce qu'ils ont toujours été : un groupe de rock.

Puis vient le moment de faire un nouveau film, ce qu'aucun ne veut tenter. Paul propose alors de faire un documentaire sur la préparation d'un futur concert. George n'est pas vraiment tenté, mais accepte faute de mieux. Début janvier 1969 voit donc les Beatles partir aux froids studios de Twickenham pour répêter, tourner, sur fond de cris bizaroïdes de Yoko, engueulades, et, parfois, de rock 'n' roll. Vient un jour où George craque, et part. Le reste du groupe doit se réunir en crise pour le faire, finalement, revenir, avec son ami Billy Preston, venu redonner du moral aux troupes. Les enregistrements reprennent, et se finissent même sur le toit de l'immeuble d'Apple Corps, (la boîte fondée, pas toujours de façon très heureuse, par le groupe), pour un concert improvisé. Le matériel enregistré déprime les Beatles, qui ne savent pas qu'en faire. Il faudra attendre plus d'un an pour qu'il sorte sur l'album Let It Be, à un moment où le groupe n'existe déjà plus.

Mais avant, Paul est décidé à frapper un dernier grand coup, et a réussi à convaincre ses comparses de faire un dernier bel album. Les revoici réunis en studio avec un nouvel instrument, découvert par George, le synthétiseur Moog (dont il a publié une démonstration expérimentale sur l'album Electronic Sound). George a également composé deux de ses plus belles chansons, Something et Here Comes the Sun, qui lui permettent de s'imposer comme un grand compsiteur. L'album qui en découle est Abbey Road, une pure merveille, qui permet aux Beatles de se séparer en beauté. Quelques mois plus tard, en septembre 1969, John quitte le groupe. Il faut attendre avril 1970 pour que tout soit annoncé officiellement.

L'émancipation

All Things Must Pass fait de George Harrison le Beatle le plus populaire de 1970. Ce triple album devient instantanément un monument de l'histoire du rock.

Lorsque les Beatles se séparent, George n'en est pas à son premier projet en solo. Fin 1967, on a demandé à Harrison de composer la bande originale du film Wonderwall. Le Beatle s'est même vu accorder carte blanche et a composé la bande originale dans le style indien qu'il appréciait tant. Album devenu assez rare, Wonderwall Music est ainsi le premier album de George Harrison en solo, bien qu'il n'y joue d'aucun instrument et ne chante pas. L'année suivante, il sort sur l'éphémère label Zapple Records un album expérimental, Electronic Sound, sur lequel il essaie, pendant plus d'une demi-heure, les sonorités de son synthétiseur Moog. Ces premiers pas assez discrets n'attirent pas franchement l'attention de la critique et du public.

En novembre 1970, George fait son premier véritable pas en solo. Et quel pas ! All Things Must Pass, génialissime triple album, se dresse au sommet des charts dans le monde ; de même que son single My Sweet Lord, cultissime. L'album est un sans-faute... à l'exception du troisième disque, pot pourri de jam-sessions anecdotiques qui gâchent un peu l'ensemble. L'album reste pourtant un incontournable et fait de Harrison le Beatle le plus populaire de l'année 70... Cet album est pourtant pour lui une malédiction : en plaçant la barre tellement haut, il se montre trop capable. La critique n'aura de cesse, par la suite, de comparer ses albums à ce premier jet, en concluant toujours en faveur de celui-ci. Ce qui explique, en partie, la perte progressive de popularité du guitariste. D'autre part, My Sweet Lord est considéré comme un plagiat d'une ancienne chanson et un procès s'en suit.

L'année suivante, George rejoint les grands noms du rock en innocant totalement. Apprenant la triste situation du Bengladesh, il propose d'organiser un gigantesque concert de bienfaisance. Ringo, Dylan, Ravi Shankar... sont de la partie. John serait bien venu, mais sous condition de pouvoir amener Yoko avec lui... ce qui n'a pas convaincu. L'album Concert for Bangladesh sorti en 1971 est unanimement salué ; bien que l'initiative humanitaire soit, pour sa part, un vrai fiasco. Tout en aidant Ringo et John pour leurs albums, George prépare sa nouvelle sortie en solo. En 1973, il sort en effet Living in the Material World, album au succès critique mitigé. Si certaines chansons sont jugées superbes, le ton trop plaintif du disque gêne. Mais le public ne se gêne pas pour, une fois encore, applaudir franchement le disque.

Un cheval sombre

Les critiques sévères auxquelles fait face Dark Horse pénalisent durablement George dans les charts.

Fort de son succès, George envisage une tournée. Mais voilà, tout ne va pas super bien pour lui. Sa femme Pattie le quitte pour son meilleur ami Eric Clapton (sans, pourtant, que les deux amis ne se brouillent durablement) ; une laryngite lui fait perdre sa voix... et il aimerait bien tourner en vendant un nouvel album. C'est ainsi que nait Dark Horse, destiné à être éprouvé lors de la tournée américaine qui se prépare pour 1974. Sa perte de voix y est clairement audible, et poussera certains critiques à renommer le disque Dark Hoarse (hoarse = rauque) ; de même que lors de sa tournée. S'y ajoute une première partie dévolue à Ravi Shankar qui ne plait pas à tous les spectateurs américains : ceux-ci attendaient George le Beatle, mais pour Harrison, cette partie de lui-même est définitivement morte. Le résultat est une tournée aux critiques acerbes qui dégoute Harrison de la scène, et un album qui n'entre même pas dans les charts britanniques et est considéré comme mauvais (certainement à tort bien que ce ne soit pas le meilleur produit du guitariste, loin de là).

Dégouté, dépité, il tente de se reprendre avec Extra Texture (Read All About It) l'année suivante. Le mal est fait, et le public est moins présent, bien que certaines chansons de l'album aient un gros potentiel commercial ; notamment You. Cette tendance se poursuit avec Thirty Three & 1/3 en 1976, qui retrouve un peu les faveurs de la critique tandis que George descend dans les charts. Il s'offre alors une salutaire pause ; le temps que'un point final soit mis aux Beatles ; le temps aussi de commencer une forte et durable relation avec sa future femme, Olivia ; le temps d'avoir un fils, Dhani ; et enfin le temps de se consacrer à ses passions, la course automobile, le cinéma, le jardinage, la méditation...

Tout cela aboutit à George Harrison en 1979. Un album calme, posé, personnel, mais aussi lumineux. La critique s'enthousiasme relativement pour ce disque, mais le public ne suit pas. Cette fin des années 1970 n'est pas favorable à Harrison qui dégringole dans les charts, bien qu'il conserve des positions honorables.

La crise des années 1980

Gone Troppo
Tout dans Gone Troppo, y compris la pochette, démontre le désintérêt croissant de Harrison pour l'industrie musicale.

En 1980, George a de quoi être secoué lorsque, ce matin du 9 décembre, il apprend que son ami John Lennon a été abattu froidement de cinq balles de revolver alors qu'il rentrait chez lui. C'est d'autant plus triste qu'ils ne se sont pas vus depuis plusieurs années, et que leurs relation s'était récemment détériorée. Lorsqu'il a publié son autobiographie I, Me, Mine en 1980, George a en effet trop négligé le rôle de John dans ses compositions au goût de celui-ci... La nouvelle de cette mort le heurte particulièrement, et Harrison en tire All Those Years Ago, une chanson enjouée (ce style joyeux lui sera d'ailleurs reproché par certains critiques trouvant qu'il aurait dû être plus plaintif en ces circonstances), message à son ami mort à qui il rappelle tout ce qu'il lui a apporté, quelle source d'inspiration il fut. Pour complêter le symbole, Ringo est derrière ses fûts, Paul et sa Linda aux choeurs. Tout cela justifie un hit ; et le single se dresse vite dans les charts pour un des meilleurs scores de George dans cette période vide.

Un album l'accompagne ; Somewhere in England, mais il déçoit clairement notre George. En effet, il avait préparé quelque chose de fouillé, plutôt sentimental. "Pas assez commercial, à refaire" a répondu la Warner Bros., qui lui a demandé de revoir sa copie avec quelques titres plus pêchus. Résultat, George Harrison n'en peut plus de ce monde du disque qui ne le comprend pas. Il est plus à l'aise avec le cinéma. Ami des Monty Pythons, il vient de financer leur film La Vie de Brian, grande production iconoclaste, parodiant les peplums, et attaquant les incohérences de la religion. Pour ce faire, il a créé sa société, HandMade films, et hypothéqué sa propre maison ; parce qu'il voulait voir ce film. Le plus cher ticket de cinéma de l'histoire, selon son ami, l'acteur et comique Eric Idle.

C'est donc un George Harrison dépité par l'industrie du disque qui sort en 1982 Gone Troppo, album-blague désabusé dont il bacle le packaging et ne fait aucune promotion, en dépit de certaines très bonnes chansons. Le succès commercial est quasi nul, et la critique est déçue par le disque, qui marque la fin du contrat de George avec sa maison de disques. Il peut, enfin, se retirer de l'industrie pour cinq années salutaires.

Parenthèse enchantée

Les Traveling Wilburys au grand complet
Les Traveling Wilburys au grand complet : de gauche à droite, Roy Orbison, Jeff Lynne, Bob Dylan, George Harrison et Tom Petty.

Ces cinq années voient un George Harrison plutôt absent et éloigné du monde musical. Via sa société de production, HandMade Films, il finance plusieurs films, dont le monumental nanard Shangai Surprise avec Sean Penn et Madonna. Il fait également quelques aparitions publiques lors de galas de charité, mais rien qui ne semble annoncer ce qui va venir.

En 1987, c'est avec son ami Jeff Lynne qu'il lâche une véritable bombe, l'album Cloud Nine. Dernier de ses albums studio publiés de son vivant, il est plébiscité par la critique qui y voit un véritable retour en grâce. Il faut dire que certaines perles comme When We Was Fab nous ramèneraient presque au temps des Beatles. Cerise sur le gateau, Harrison se permet un nouveau numéro 1 dans le Billboard Hot 100 américain avec sa brillante et tonique reprise de Got My Mind Set on You.

Il travaille également, avec quelques amis, à ce qui semble alors devoir être une obscure face B, Handle With Care. Quelques amis ? Excusez du peu : Bob Dylan, Roy Orbison (l'interprète de la célèbre chanson Pretty Woman, en première partie duquel les Beatles tournaient à leurs débuts), Tom Petty (leader de Tom Petty & the Heartbreakers) et Jeff Lynne. Avec une telle équipe, on se doute que la face B ne suffit pas. L'espace d'un instant, les cinq compères deviennent les Traveling Wilburys et publient tout un album, plébiscité par la critique, en 1988. Malgré la mort de Roy Orbison, un deuxième opus sort en 1990, avec un succès légèrement moindre. Mais ces deux disques restent un véritable must pour tout amateur du guitariste.

Enfin, en 1991, Harrison remonte sur les planches... au Japon. Une idée de son ami Eric Clapton, dont le fils de quatre ans est mort en tombant par une fenêtre. Désespéré, Clapton veut se changer les idées, et partir en tournée avec son ami lui semble une bonne chose. La tournée est, bien entendu, un grand succès, et débouche sur un album, le Live in Japan, en 1992. Sa promotion quasi inexistante ne lui permet pas d'avoir un succès critique décent.

And in the end...

Brainwashed, album posthume, surprend la critique par sa grande qualité. Sorti un an après la mort de son auteur, il s'agit d'un des disques les plus rafraîchissants de George Harrison.

Après ces apparitions, George se retire presque totalement de la vie publique. Ses participations se font rares ; ce qui ne l'empêche pas de renouer avec Paul et Ringo pour un projet d'envergure : raconter l'histoire des Beatles... par les Beatles. Le projet Anthology nait ainsi. Il se déroule sur plusieurs tableaux. D'une part, les trois Beatles participent à une série documentaire retraçant l'histoire du groupe, en huit épisodes d'une heure chacun. Pas de commentaires ; juste des interviews, présentes ou passées (notamment pour respecter une égalité de temps de parole avec John Lennon), prestations en concert (et souvent entières et non coupées comme dans la plupart des documentaires !) et images d'archives. Viennent également un ensemble de trois doubles albums de prises inédites retraçant l'histoire du groupe : répétitions en studios, extraits live ou même chansons inédites. Plusieurs mettent en valeur George, comme une de ses premières compositions, You Know What to Do ; ou encore une version préparatoire d'All Things Must Pass, et surtout, joyeau suprême, une version dépouillée et sublime de While My Guitar Gently Weeps. Les Beatles retournent même en studio pour compléter des chansons inachevées de John Lennon. Sur deux pistes inédites, le groupe redevient un temps les Fab Four. Le tout est ensuite complété par une véritable Bible, énorme livre de photos inédites et extraits d'interviews.

En 1997, George apprend qu'il souffre d'un cancer du poumon. Grand fumeur, il n'en est guère étonné. Les nouvelles se succèdent. Les interventions aussi. Un an plus tard, George en est convaincu, il est guéri. Il se met peu après à travailler, ponctuellement, à un nouvel album ; Brainwashed. Les chansons se préparent petit à petit avec l'aide de Dhani, son fils, et du fidèle Jeff Lynne. En décembre 1999, on apprend avec effroi que George et son épouse Olivia ont été sauvagement agressés par un fou introduit dans leur maison. Ils en sont quittes pour un séjour à l'hôpital avec de sérieuses blessures.

C'est à la même époque que George apprend qu'il souffre d'une tumeur cancéreuse au cerveau. Il consacre les derniers temps de sa vie à la finition de Brainwashed, préparant tout, laissant des instructions pour finir le travail après sa mort, si elle devait survenir trop tôt. En 2001, il doit être hospitalisé aux Etats-Unis. On craint le pire ; ses amis lui rendent de dernières visites. Le 29 novembre 2001, George Harrison meurt à 58 ans. À sa demande, ses cendres sont jetées dans le Gange, en Inde.

L'année suivante, Dhani et Jeff Lynne finissent Brainwashed, selon les dernières volontés du musicien. Ce n'est pas un album posthume banal. Autant dire que c'est même un des tous meilleurs albums de George, ce que la critique reconnaît. Dans les années qui suivent, la réputation de celui qui a longtemps été mal aimé par les médias musicaux se refait, et il est désormais considéré à juste titre comme un des grands guitaristes et compositeurs de son temps. En 2002 également, tous ses amis se sont réunis au Royal Albert Hall de Londres pour célébrer la mémoire de leur ami avec sa propre musique dans le majestueux Concert for George.




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