Here Comes the Sun

Abbey Road, 1969
 

C'est probablement l'une des chansons les plus connues de George Harrison ; c'est aussi la preuve que, même à l'époque d'effervescence spirituelle de sa part, qui a vu naître des textes aussi profonds que Within You Without You et les chansons d'All Things Must Pass, il était encore capable de composer des textes beaucoup plus légers, sans pour autant négliger la structure musicale. Même lorsqu'il s'agit de parler météo, en effet, l'Inde n'est jamais très loin chez Harrison.

Here Comes the Sun ouvre la face B d'Abbey Road.

Tout commence au printemps 1969, époque difficile pour les Beatles, et Harrison en particulier. Les sessions pour ce qui deviendra Let It Be, en janvier, se sont déroulées dans un climat délétère qui l'a poussé à quitter momentanément le groupe. Le sergent Norman Pilcher, policier réputé pour sa chasse aux vedettes (il finira d'ailleurs par être démis de ses fonctions), a réussi à le piéger pour possession de marijuana. Enfin, les problèmes de gestion d'Apple ont progressivement propulsé les quatre jeunes musiciens dans des fauteuils bien inconfortables d'hommes d'affaires, situation que décrit bien George : « elle a été écrite à une époque où Apple devenait comme l'école, où il fallait y aller et se comporter en hommes d'affaires ».

Un après-midi d'avril, le guitariste se réfugie chez son ami Eric Clapton pour se détendre. Tous deux profitent du beau temps pour se promener dans le jardin, guitare acoustique en main. C'est ainsi que nait cette métaphore météorologique : le temps maussade, les difficultés, ne peuvent que laisser place, tôt ou tard, au beau temps, à un regain d'enthousiasme. Les accords de la chanson sont d'ailleurs très fortement repris d'une autre chanson de George écrite dans une veine optimiste, If I Needed Someone, publiée quatre ans plus tôt sur Rubber Soul.

L'enregistrement doit attendre le début de l'été pour débuter, le 7 juillet, dans le studio 2 d'Abbey Road. John Lennon est absent, ayant été victime d'un accident de voiture avec son fils Julian et Yoko Ono, une des rares fois où il prenait lui-même le volant. Ne restent donc que George, Paul et Ringo, qui fête son anniversaire ce jour-là. L'ambiance est bon enfant, pour l'enregistrement d'une piste rythmique qui prend treize pistes. McCartney produit là une de ses superbes pistes de basse (son travail de l'instrument sur Abbey Road atteint des sommets sur de nombreuses chansons), tandis que Ringo innove à la batterie pour s'adapter aux changements de tempo et de métrique de la chanson. Il faut dire que celle-ci, loin des standards européens, suit une métrique à l'indienne assez peu familière aux orieilles occidentales. Enfin, Harrison est, pour sa part, à la guitare acoustique. Une fois le travail des deux autres achevé, il poursuit d'ailleurs avec acharnement son travail sur cette instrument.

Les sessions ne sont pas terminées : le lendemain, George enregistre le chant principal. Lui et McCartney se chargent ensuite des chœurs, enregistrés deux fois pour leur donner plus de puissance. Le 6 août, alors que les travaux de finalisation de l'album se multiplient dans les différents studios, Harrison enregistre de nouvelles parties de guitare, électrique cette fois-ci. Le 15, c'est au tour de George Martin de venir sur le devant de la scène en faisant enregistrer les ajouts orchestraux de l'album. Plusieurs violons, violoncelles, altos, et flûtes ainsi que de la clarinette sont ainsi ajoutés. Enfin, le 19 août, Harrison enregistre une partie de synthétiseur Moog. Cet instrument, qu'il a découvert et enregistré sur Electronic Sound est, ici, utilisé à très bon escient et donne en grande partie sa texture à la chanson, désormais terminée et mixée peu après.

Musiciens :
  • George Harrison : chant, guitares, Moog
  • Paul McCartney : basse, ch?urs
  • Ringo Starr : batterie
  • Un orchestre 4 altos, 4 violoncelles, une contrebasse, 2 clarinettes, deux flûtes alto, deux flûtes, deux piccolos

Here Comes the Sun s'adapte parfaitement bien à Abbey Road. Placée en première position sur la face B, elle appaise l'auditeur après le long et oppressant I Want You (She's So Heavy) de John Lennon ; sa légèreté tranche également avec l'atmosphère de cathédrale posée par Because, qui lui succède. Bien que non publiée en single, la chanson a toujours joui d'une nette popularité. Ainsi, lors de la création du Voyager Golden Disc, le disque envoyé sur la sonde Voyager pour donner à d'hypothétiques extraterrestres un aperçu des sons de la terre, il avait été envisagé de l'inclure comme représentante de la culture britannique. Si les Beatles ont été très enthousiastes, des raisons contractuelles l'ont empêché. Autre preuve de sa popularité, la chanson a pu entrer dans les charts en novembre 2010, lors de sa publication sur Itunes : elle fut en 58e position des chansons téléchargées la semaine de l'entrée du catalogue du groupe sur cette plateforme.

Les reprises en ont été très nombreuses, notamment par Harrison lui-même, lors de ses concerts. Des enregistrements en témoignent sur ses albums live. Il l'a notamment reprise accompagné uniquement de guitare acoustique lors du Concert for Bangladesh. En 1979, Harrison s'en est également inspirée pour lui écrire une jumelle, Here Comes the Moon, dans des tonalités beaucoup plus éthérées et mystiques, sur son album George Harrison. La chanson a également été incluse sur des compilations. Elle n'en finit d'ailleurs pas de révéler ses secrets. Lors de la sortie en DVD du film de Martin Scorsese George Harrison: Living in the Material World, les spectateurs ont pu découvrir le producteur George Martin, son fils Giles, et Dhani Harrison examinant les bandes originales : au détour d'une manipulation, les trois hommes ont eu la surprise de découvrir un solo de guitare enregistré par George pour la chanson, et jamais publié.

Paroles :
Here comes the sun (doo doo doo doo)
Here comes the sun, and I say
It's all right

Little darling, it's been a long cold lonely winter
Little darling, it feels like years since it's been here
Here comes the sun
Here comes the sun, and I say
It's all right

Little darling, the smiles returning to the faces
Little darling, it seems like years since it's been here
Here comes the sun
Here comes the sun, and I say
It's all right

Sun, sun, sun, here it comes
Sun, sun, sun, here it comes
Sun, sun, sun, here it comes
Sun, sun, sun, here it comes
Sun, sun, sun, here it comes

Little darling, I feel that ice is slowly melting
Little darling, it seems like years since it's been clear
Here comes the sun
Here comes the sun, and I say
It's all right

Here comes the sun
Here comes the sun, and I say
It's all right
It's all right
Le soleil vient (doo doo doo doo)
Le soleil vient, et je dis
Tout va bien.

Petite chérie, l'hiver a été long et solitaire
Petite chérie, on dirait qu'il est là depuis des années
Le soleil vient
Le soleil vient, et je dis
Tout va bien.

Petite chérie, les sourires reviennent sur les visages
Petite chérie, on dirait que ça dure depuis des années
Le soleil vient,
Le soleil vient et je dis
Tout va bien.

Soleil, soleil, soleil, il vient
Soleil, soleil, soleil, il vient
Soleil, soleil, soleil, il vient
Soleil, soleil, soleil, il vient
Soleil, soleil, soleil, il vient

Petite chérie, la glace fond lentement
Petite chérie, on dirait que des années ont passé depuis qu'il a fait clair
Le soleil vient
Le soleil vient, et je dis
Tout va bien.

Le soleil vient
Le soleil vient, et je dis
Tout va bien.
Tout va bien.



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