Dark Horse

Bye bye hapiness
 

Dark Horse

Publié en décembre 1974 chez Apple Records
Enregistré ponctuellement en 1973 et 1974, principales sessions en octobre - novembre 1974
Produit par George Harrison
9 pistes, 41 minutes

Avec :

George Harrison (chant, guitares, batterie, piano électrique, Moog, gubgubbi), Billy Preston (piano, orgue), Willie Weeks (basse), Andy Newmark (batterie), Jim Keltner (batterie, percussions), Tom Scott (cuivres, flutes, arrangements)

Et la participation de :

Max Bennett, Chuck Findley, Robin Ford, John Guerin, Nicky Hopkins, Jim Horn, Mick Jones, Roger Kellway, Alvin Lee, Emil Richards, Ringo Starr, Lon et Derreck Van Eaton, Ron Wood

4e position aux États-Unis, absent des charts britanniques
 

S'il est un album qui est considéré comme l'échec cuisant de George Harrison, c'est bien Dark Horse. Contrairement à Gone Troppo, l'autre flop commercial de Harrison, cet album a connu une grande promotion, ce qui n'a rendu son échec que plus retentissant. Nous sommes alors en 1974, et George Harrison va mal. Depuis maintenant quatre ans, les Beatles se déchirent autour de questions juridiques et financières qui les dépassent, mais les épuisent au gré des audiences et procès. Plus encore, le mariage de George bat de l'aile et son épouse Pattie est finalement partie avec son meilleur ami, Eric Clapton. Le couple allait déjà mal, et George s'était laissé aller à des aventures adultérines, mais la séparation porte un coup au moral de l'ex-Beatle, qui boît plus que de coutume.

Ravi Shankar
La musique indienne de Ravi Shankar a occupé une place centrale au cours du Dark Horse Tour, au grand dam d'une partie du public.

Cela ne l'empêche pas de se lancer dans un projet d'envergure. Conscient de la fin prochaine du label Apple Records, il lance sa propre marque, Dark Horse Records, destinée à héberger les artistes qui le tiennent à coeur, notamment Ravi Shankar. Disons le clairement, le label n'a jamais décollé et se contente désormais, mais avec brio, d'éditer l'œuvre de son créateur. En 1974, l'espoir est toujours de mise, et Harrison voit les choses en grand. Pour accompagner son lancement, il envisage une tournée nord-américaine de classe, le « Dark Horse Tour » ; et, pour ne pas répêter à l'infini ses classiques, Harrison prépare un nouvel album du même nom.

Pour celui-ci, Harrison se permet un changement radical. Fini les studios austères de Londres, il enregistrera dans son studio personnel de Friar Park, avec ses amis. C'est ainsi que Ringo Starr participe aux premières sessions. De même, un soir après un concert de Joni Mitchell, Harrison recrute Tom Scott et son groupe L.A. Express pour une session improvisée qui débouche sur l'enthousiasmant instrumental Hari's On Tour (Express) qui ouvre l'album.

Celui-ci est dans la veine des autres disques de Harrison sur cette période, et alterne temps forts et plages plus molles. En cela, il se rapproche d'un Extra Texture ou de Living in the Material World. Si ce dernier est indubitablement le meilleur, les deux autres albums ont de nombreuses qualités. Dark Horse contient ainsi plusieurs titres marquants, à commencer par sa chanson titre. Agrémentée de flûtes et marquée par la voix très rauque du chanteur (qui sort tout juste d'une laryngite et garde ce timbre particulier toute sa tournée), elle devient un classique de Harrison. Cette voix rauque se retrouve sur le chant de Noël de Harrison, Ding Dong, Ding Dong, qui peut-être, au choix, entêtante ou insupportable. Dans le genre des mélodies qui trottent dans la tête, le final It Is "He" (Jai Sri Krishna) est une suite à My Sweet Lord, en plus exhubérant : l'air tourne et tourne en boucle dans une ambiance festive et clôt l'album sur une touche positive ; mais il faut dire qu'à l'époque, les chants « à l'indienne » commençaient à sérieusement lasser le public. Dans les mêmes tons, Maya Love (conçue pour se scander de façon proche de My Sweet Lord) est une chanson anecdotique, principalement écrite pour les concerts.

Eric Clapton et Pattie Boyd
Le départ de Pattie Boyd avec Eric Clapton est un thème central de Dark Horse.

Pourtant, l'album a sérieusement besoin de cette touche d'entrain, car beaucoup des chansons traitent de l'état d'esprit de Harrison. So Sad est certainement la seule complainte qu'il ait composée au sujet de son mariage. Il est intéressant de voir que Harrison a été réticent jusqu'au bout à exposer ainsi sa vie privée : la chanson a d'abord été prêtée à d'autres artistes. Dans la même veine, Simply Shady est avant tout un chant sur la dépression et la drogue. Ambiance... Que dire aussi de Bye Bye Love ? Reprise d'un titre des Everly Brothers, elle est interprétée par Harrison seul à tous les instruments. On peut l'imaginer prenant un plaisir sadique à tisser sa vengeance contre sa femme et son meilleur amis, modifiant les paroles pour faire allusion au « vieux Clapper ». Comble du sadisme, il crédite sur la pochette Eric Clapton et Pattie Boyd pour leur participation à cette chanson, ce que certains critiques prendront pour un fait authentique ! La chanson, plaintive au possible, n'a guère d'intérêt au dela de ce règlement de comptes.

Enfin, si elle reste dans les mêmes tons, Far East Man a été reconnue comme une perle par plusieurs critiques : composée en duo avec Ron Wood, elle a été enregistrée par chaque artiste dans sa propre version. C'est une belle chanson, mais qui passe relativement inaperçue au premier abord, fondue dans le ton plaintif de l'album. Dark Horse ne mérite pas la volée de bois vert reçue. Il faut surtout attribuer celle-ci à l'accueil très négatif reçu par une tournée qui a destabilisé le public (Harrison, désireux de perdre son statut d'ancien Beatle, se présentait à contre courant de son image, clamant son amour pour la musique indienne et négligeant l'aspect « rock » de sa musique, au grand dam du public). Objectivement, Dark Horse est en réalité un album dans les mêmes tons que son prédécesseur et son successeur, à l'accueil plus engageant, avec des morceaux de bravoure, et d'autres passages plus mornes. La curiosité poussera les fans à l'écouter, et ils n'en seront pas forcément déçus. Avec Extra Texture, il a longtemps été rare, n'ayant plus été réédité depuis les années 1990, et tous deux étaient donc les seuls albums studio de Harrison à ne pas avoir été remastérisés. La chose a été réparée en 2014 avec la préparation du coffret The Apple Years, destiné à remettre en lumière les travaux de Harrison entre 1968 et 1975. Dark Horse y apparaît remastérisé, et accompagné d'une version préparatoire de la chanson titre, ainsi que de I Don't Care Anymore, une face B de single jusque là inédite en CD.

Liste des chansons :
  1. Hari's On Tour (Express)
  2. Simply Shady
  3. So Sad
  4. Bye Bye Love
  5. Maya Love
  6. Ding Dong, Ding Dong
  7. Dark Horse
  8. Far East Man
  9. It Is "He" (Jai Sri Krishna)



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