All Things Must Pass

Sunrise doesn't last all morning
 

All Things Must Pass

Publié en novembre 1970 chez Apple Records
Enregistré de mai à septembre 1970
Produit par George Harrison et Phil Spector
23 pistes, 127 minutes

Avec :

George Harrison (guitares, chant, harmonica), Eric Clapton (guitare), Klaus Voormann (basse), Ringo Starr (batterie), Billy Preston (claviers), Alan White (batterie)

Et la participation de :

Badfinger, Gary Brooker, Phil Collins, Pete Drake, Mal Evans, Jim Gordon, Dave Mason, Jim Price, Carl Radle, Bobby Whitlock, Gary Wright...

1e position dans la plupart des classements mondiaux, notamment aux États-Unis et en Angleterre
 

À sa sortie en 1970, ce triple album a fait l’effet d’une bombe (l’album en version CD n’est que double mais contient le même nombre de chansons). Bombe pour le public, qui le propulse en n°1 dans plusieurs pays du monde et fait de George le Beatle le plus populaire du moment ; bombe pour la critique, qui finit de découvrir le George compositeur longtemps éclipsé par John et Paul, et qui n’avait que commencé à rayonner avec des titres tels que While My Guitar Gently Wheeps, Something et Here Comes the Sun. Bombe enfin pour George lui même qui ressent ici une véritable libération ; dans une métaphore très distinguée, il déclare que c’était comme « aller aux toilettes et tout libérer ». Appétissant.

Passée cette description assez peu goûtue de l’album par le premier intéressé, voyons donc ce que les trois galettes contiennent. Pour être sincère, je dois avouer que ma première écoute m’a déçu. À l’époque néophyte, je ne jurais que par John Lennon, et seule My Sweet Lord a su attirer mon attention, car déjà connue de mes oreilles. Elle s’est d’ailleurs très vite juchée dans mon top des chansons préférées du moment et y est restée un bon bout de temps.

Ringo Starr
Ringo Starr est le seul Beatle présent sur le premier album de George.

J’aurais donc avec All Things Must Pass  la même approche qu’avec la plupart des albums de Paul McCartney. C’est un peu comme un bain de mer : il faut se forcer à y plonger plusieurs fois pour se rendre compte que c’est particulièrement agréable. La chanson titre est ainsi une composition tout bonnement superbe, qu’il s’agisse de son texte et de sa musique, qui s’imprime  rapidement et définitivement dans les esprits une fois qu’on a décidé d’y goûter.  Dans le même genre, et même si elles ont mis plus longtemps à me toucher, Isn’t It a Pity et Beware of Darkness montrent le véritable talent de George pour composer des chansons pleines d’émotion sans tomber dans la pop caricaturale, dont il a toujours cherché à s’éloigner.

Avec cet album, George nous offre un travail sur sa spiritualité dans la continuité de ce qu'il avait commencé à exposer avec les Beatles, notamment dans ses morceaux indiens comme Within You Without You. On retrouve ainsi Isn't It a Pity (présentée en deux versions, dont la seconde est franchement dispensable), lamentation sur la plaintivité croissante des gens qui, trop obsédés par leurs pleurs, en oublient les beautés du monde. De même, Harrison exprime son idée de la religion dans Awaiting for You All : la croyance doit s'exprimer dans toute sa simplicité, par l'amour de Dieu, et en aucun cas en suivant divers dirigeants. Le pape, notamment, en prend pour son grade. D'autres morceaux, comme Behind That Locked Door et Beware of Darkness s'étendent sur la détente et l'éloignement de ses craintes et démons. Enfin, morceau vif et pesant, Art of Dying est une présentation du concept de mort et de réincarnation tel que George l'a compris d'après les enseignements de ses maîtres hindous. À une époque où la culture indienne s'introduit en occident, l'ex Beatle frappe un grand coup, qu'il réitèrera trois ans plus tard, avec moins de succès mais plus de profondeur, sur Living in the Material World.

Et puis il y a les riffs vibrants de What is Life et Wah-Wah, qui reviennent ensuite en boucle à nos oreilles sans qu’on ne s’en rende compte, ou qu’on ne puisse y échapper. D’autres airs entêtants parsèment l’album : Apple Scruffs, If Not for You... Sans parler de la magnifique et théâtrale Ballad of Sir Frankie Crisp (Let It Roll), où la slide de Harrison donne un air fantômatique à sa musique. Chacun trouvera son bonheur dans cet album.

Le troisième disque (plus grande part du deuxième dans l’édition CD) est d’un goût plus douteux. Un ensemble de jam sessions qui n’ont pas eu grand écho dans la critique, et pour cause. Le moins qu’on puisse dire est que ces « chansons » longues et sans grande personnalité, ne resteront pas dans les mémoires et que l’album n’aurait pas été appauvri sans elles.

All Things Must Pass est, quoi qu'il en soit, un classique du genre, l’album de George Harrison par excellence pour le grand public. On peut le regretter car l’ex-Beatle s’est ainsi retrouvé pris à son propre piège. Sans cesse, ses nouvelles productions ont été comparées à ce premier né, toujours en sa faveur, laissant penser que Harrison n’a jamais refait aussi bon. C’est faux, à n’en pas douter, et ce site est là pour le prouver, des pépites se trouvant dans chaque album.

En 2000, une version remastérisée de l'album a été publiée ; dernier grand projet mené à bout par George. L'entreprise en valait la peine : le puissant « mur de son » de Phil Spector ayant tendance, sur les anciennes versions, à vraiment saturer le son qui gagne désormais en clarté. Le travail sur la pochette et le livret témoignent de l'implication (et de l'humour) de George : la photographie du musicien assis dans son jardin a été colorisée et, à l'intérieur, trois autres clichés modifiés voient l'ajout progressif d'immeubles, d'une centrale nucléaire, et d'un pont autoroutier. Harrison confirme son message écologiste dans le livret, en craignant que la Terre ne soit bientôt une chose du passé, comme les musiciens morts depuis l'enregistrement de l'album, à qui il rend hommage. Le disque n'est pas non plus exempt de bonus : on y retrouve quelques prises acoustiques de chansons du disque, une prise instrumentale alternative de What Is Life agrémentée de piccolo, une version totalement refaite de My Sweet Lord, qui peine à valoir l'originale, mais surtout la superbe chanson I Live for You coupée au montage original. Dans les notes, George regrette à la surproduction qui altère en partie ses compositions. L'écoute du très bon Early Takes Vol. 1 ne peut que confirmer ses dires ; mais les prises inédites servies ici en bonus restent d'un calibre inférieur. Une belle acquisition pour tout Harrisonnien, quoi qu'il en soit.

Liste des chansons :

Disque 1 :
  1. I'd Have You Anytime
  2. My Sweet Lord
  3. Wah-Wah
  4. Isn't It a Pity
  5. What Is Life
  6. If Not For You
  7. Behind That Locked Door
  8. Let It Down
  9. Run Of the Mill

Disque 2 :
  1. Beware of Darkness
  2. Apple Scruffs
  3. Ballad of Sir Frankie Crisp (Let It Roll)
  4. Awaiting On You All
  5. All Things Must Pass
  6. I Dig Love
  7. Art of Dying
  8. Isn't It a Pity (version two)
  9. Hear Me Lord

Disque 3 (Apple Jam) :
  1. Out of the Blue
  2. It's Johnny's Birthday
  3. Plug Me In
  4. I Remember Jeep
  5. Thanks for the Pepperoni



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