Long, Long, Long

The Beatles (album blanc), 1968 
 

Le double album blanc des Beatles a laissé dans l'esprit de beaucoup de fans, mais aussi, notamment, du producteur George Martin, l'impression d'être un album trop rempli. La trentaine de chansons alignées dans celui-ci le rendait en effet particulièrement vaste, et leur niveau se révèle assez inégal. À côté de grandes chansons se trouvent des plaisanteries (The Continuing Story of Bungalow Bill de Lennon, ou encore le Savoy Truffle de George), mais aussi des expérimentations (Wild Honey Pie, Revolution 9), qui donnent à l'album un côté fourre-tout qui en est à la fois la force et la faiblesse. Au milieu des grands classiques (While My Guitar Gently Weeps pour George, Back in the U.S.S.R., Helter Skelter ou encore Ob-La-Di Ob-La-Da pour Paul...), se cachent ainsi des perles moins visibles comme la discrète berceuse Good Night que n'ont pu entendre sur vinyle que les courageux qui ont écouté les huit minutes de collage sonore lennonien.

Album blanc, pochette
Long, Long, Long est une des chansons les plus discrètes de l'album blanc.

Long, Long, Long est une de ces perles discrètes et, peut-être, la chanson la moins connue du groupe. Et pour cause : bloquée entre le tonitruant Helter Skelter et l'engagé Revolution, le morceau de George affiche un sévère déficit de décibels, à tel point que l'on pourrait être tenté de monter le volume pour espérer entendre les paroles. C'est justement cette plage de calme dans un album qui ne manque pas d'action qui donne à Long, Long, Long tout son charme. À l'instar de Piggies, la chanson abandonne les orchestrations grandiloquantes pour un retour aux sonorités acoustiques, mais les thèmes ne changent pas depuis Within You Without You.

Musiciens :
  • George Harrison : chant, guitare acoustique
  • Paul McCartney : chœurs, basse, orgue
  • Ringo Starr : batterie
  • Chris Thomas : piano

Pour un auditeur non informé, la chanson pourrait être un simple message d'amour. George y parle à quelqu'un qu'il vient de retrouver après l'avoir perdu ; et exprime un amour particulièrement fort à son égard. Pourtant, ceux qui connaissent bien Harrison savent que le destinataire des paroles n'est pas une femme, mais Dieu lui même. À la lumière de cette nouvelle information, le texte s'éclaire. Ce long, long, long temps qui s'est écoulé, c'est le temps entre lequel le musicien a renié le catholicisme, qui ne le satisfaisait pas, et sa renaissance, avec la découverte des spiritualités indiennes. Pour la première fois, George n'exprime plus les principes dans lesquels il croit, il se contente de montrer son amour pour le divin, et d'exprimer simplement le changement opéré en lui.

D'un point de vue musical, la chanson s'inspire de l'œuvre d'un ami de George, Bob Dylan. En 1966, sur son disque Blonde on Blonde, il avait consacré une face de son disque à la longue ballade Sad Eyed Lady of the Lowlands, dont la suite d'accords est ici reprise. L'enregistrement s'étale sur plusieurs jours d'octobre 1968. John Lennon est absent, et seuls Paul, Ringo et George sont de la partie. Lors d'une longue séance de plus de seize heures le 7 octobre, pas moins de 67 prises sont réalisées pour obtenir une piste rythmique convenable. Il semble loin, le temps où les chansons de George étaient bâclées en fin de travail. Harrison est à la guitare acoustique et au chant, McCartney à l'orgue, Starr derrière ses fûts. L'ambiance est détendue, de l'encens est brûlé dans le studio au grand désespoir du personnel d'Abbey Road, George se plaît à blaguer, prenant sa guitare pour interpréter le Dear Prudence de John... En fin de session, l'heure est aux expérimentations. Une bouteille de vin est posée sur le haut parleur Leslie d'un orgue (le type même qui avait servi à déformer la voix de Lennon sur Tomorrow Never Knows), et se met à vibrer en produisant un son caractéristique lorsque Paul presse une note. Ce son, jugé intéressant, est enregistré et placé en fin de la chanson sur un roulement de caisse claire.

Le lendemain, des ajouts sont faits. George double sa voix et sa piste de guitare, tandis que Paul enregistre sa ligne de basse. Le 9, enfin, le producteur assistant Chris Thomas ajoute une partie de piano, tandis que McCartney ajoute quelques chœurs. La chanson est terminée mais ne gagne qu'une notoriété faible au sein de l'album blanc. Il faudra attendre 2011 pour qu'elle connaisse une visibilité légèrement accrue. C'est en effet elle que Martin Scorsese choisit pour conclure son film consacré à George, George Harrison: Living in the Material World.

Paroles :
It's been a long long long time,
How could I ever have lost you
When I loved you.

It took a long long long time
Now I'm so happy I found you
How I love you

So many tears I was searching,
So many tears I was wasting, oh. Oh--

Now I can see you, be you
How can I ever misplace you
How I want you
Oh I love you
You know that I need you.
Ooh I love you.
Cela fait très, très, très longtemps,
Comment donc ai-je pu te perdre,
Alors que je t'aimais.

Il a fallu très, très, très longtemps,
Maintenant je suis si content de t'avoir trouvé
Comme je t'aime.

Tant de larmes, je cherchais,
Tant de larmes, je perdais, oh. Oh !

Maintenant, je peux te voir, être toi,
Comment pourrais-je jamais mal te placer,
Comme je te veux,
Oh, je t'aime,
Tu sais que j'ai besoin de toi,
Ooh, je t'aime.



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