Taxman

Revolver, 1966
 

Taxman est une chanson intéressante à plus d'un titre. C'est en effet la première fois que les autres Beatles se tournent vers une chanson de George avec un certain intérêt, au lieu du dédain habituel. De fait, c'est la première fois qu'une chanson de George bénéficie d'un véritable travail en studio. Et le résultat s'en ressent. La parfaite illustration de cette évolution vient d'ailleurs de la place qu'occupe le guitariste sur l'album que sortent les Beatles en cette année 1966 (seul album publié dans l'année : une première pour le groupe qui s'accorde quelques vacances) : ce ne sont pas moins de trois chansons signées Harrison qui apparaissent sur Revolver, qui sera bientôt reconnu comme un des sommets de la musique des Beatles, et de la musique populaire en général.

Pochette de Revolver, album des Beatles
Taxman ouvre l'album Revolver. C'est la seule fois qu'une chanson de George ouvre un disque des Beatles.

Il est intéressant de voir que la première chanson très fouillée de George Harrison est inspirée par un thème pûrement matérialiste, à des lieues de ce qu'il chantera par la suite : l'argent. C'est en effet en 1966 (il a alors 23 ans), que les Beatles se penchent sur leurs revenus, chose qu'ils laissaient jusque là en toute confiance à leur manager Brian Epstein. C'est avec rage que George découvre alors que pour une livre sterling gagnée, 19 shillings et 3 pence reviennent au gouvernement (une livre faisant 20 shillings, on comprend la hauteur du taux d'imposition !). Le vers « Should five percent apear too small, be thankful I don't take it all » (« Si cinq pour-cent vous semble trop peu, soyez reconnaissants que je ne prenne pas tout ») n'est donc pas une exagération de la réalité : elle serait même légèrement en dessous !

Le texte prend peu à peu forme, de façon totalement opposée à ce que l'on aurait pu attendre. Au lieu de charger simplement le système, le chanteur se met ici à la place du percepteur qui décline tous les domaines qu'il compte taxer. L'humour et l'ironie sont omniprésents, même s'il est fort probable que John Lennon ait ajouté une nette part des mots les plus acides. En 1980, ce dernier explique en effet avoir rédigé quelques vers à la demande de George, qui n'osait pas se tourner vers Paul McCartney pour obtenir de l'aide. Lennon et Harrison étant entrés en conflit en 1980, et le premier ayant souvent tenu des propos contradictoires sur l'origine des chansons, il est toutefois difficile de discerner la part de chacun.

Quoi qu'il en soit, le texte est une suite d'indignations : le percepteur annonce que, quoi que fasse l'auditeur, il trouvera un moyen de le taxer : marchez, on taxera vos pieds, asseyez vous, on taxera vos sièges. Et quand bien même vous mourriez, le percepteur trouvera le moyen de vous taxer sur « les pièces posées sur vos yeux » (métaphore pour parler des droits de succession). Ceci, ajouté au riff hargneux de la guitare et de la basse et aux breaks de batterie de Ringo, donne une atmosphère oppressante à la chanson, encore accentuée par le refrain repris en chœur ; « Yeaaaah I'm the taaaaxmaaaaan », qui ferait presque passer le percepteur pour un croquemitaine.

La politique n'est pas absente : les chœurs mentionnent deux personnalités en vues au Royaume-Uni, le conservateur Edward Heath et le travailliste Harold Wilson (alors premier ministre, et que les Beatles avaient rencontré auparavant). Lorsqu'il reprendra la chanson au Japon en 1991, Harrison en actualisera les paroles : à Heath et Wilson succèdent ainsi John Major, George Bush et Boris Eltsine.

Edward Heath
Le premier ministre Edward Heath est une des personnes brocardées dans Taxman

Le travail des Beatles en studio sur cette chanson montre bien l'intérêt qu'ils y ont prêté : trois jours sont nécessaires pour la mettre en boîte là où, par le passé, on bouclait le plus vite possible les chansons de George. Le premier jour, le 20 avril 1966, est cependant un faux départ. Quatre prises, dont deux inachevées, ne mènent à rien et laissent les Beatles face à un certain nombre de problème dont ils discutent tandis que les machines continuent à enregistrer, permettant au journaliste Mark Lewisohn de se faire, vingt ans après, une idée précise de la génèse de la chanson. Le lendemain, le travail repart de zéro, pour onze nouvelles prises.

Musiciens :
  • George Harrison : chant, guitare rythmique
  • Paul McCartney : basse, guitare solo, chœurs
  • John Lennon : tambourin, chœurs
  • Ringo Starr : batterie, percussions

Les dix premières se centrent sur l'enregistrement de la piste rythmique ; la onzième concerne le chant. Le résultat de ce travail peut s'entendre sur l'album Anthology 2. La version est alors quasi définitive : seuls les « Ha ha Mister Wilson ; Ha ha, Mister Heath » sont remplacés par un très rapide chant scandant « anybody gotta bit of money? » (« Quelqu'un a un peu d'argent ? »), et le solo de guitare n'est pas repris à la fin. Ce solo, parlons-en : chose surprenante pour une chanson de George Harrison, guitariste solo attitré des Beatles... c'est Paul McCartney qui le joue avec une grande virtuosité. Les notes s'enchaînent rapidement pour créer un des solos les plus célèbres de l'histoire du rock. Difficile de dire pourquoi George ne l'a pas joué lui-même, mais l'ingénieur du son Geoff Emerick semble en donner la raison dans ses mémoires : souvent, George avait des problèmes lors de l'enregistrement des solos et y passait trop de temps. L'enregistrement de celui de A Hard Day's Night fut ainsi particulièrement laborieux. Le solo de Taxman serait-il né de l'impatience des autres membres du groupe ? Toujours est-il que Harrison s'en montra fort content, appréciant notamment les tonalités « indiennes » du solo, que McCartney, explique-il, a certainement apportées pour lui faire plaisir.

Le lendemain, la chanson atteint sa forme finale grâce à quelques overdubs. C'est à ce moment qu'est ajouté l'emblématique et lent « one, two, three, four » de John Lennon, tellement représentatif de la chanson que Harrison le fait diffuser sur scène, en 1991, lors de l'enregistrement de son Live in Japan. Cette particularité en induit une autre : pour la première fois (et, d'ailleurs, la seule de l'histoire des Beatles), George ouvre un album avec cette chanson qui ne dépareille pas au milieu d'autres perles telles qu'Eleanor Rigby et Tomorrow Never Knows. Taxman, à sa sortie en août 1966, marque donc bien le début d'une nouvelle phase dans la carrière de George, avec l'introduction d'un Harrison compositeur, qui atteindra le sommet de son art quelques années plus tard.

Paroles :
Let me tell you how it will be,
There’s one for you, nineteen for me,
‘Cause I’m the Taxman,
Yeah, I’m the Taxman.
Should five per cent appear too small,
Be thankful I don’t take it all.
‘Cause I’m the Taxman,
Yeah, I’m the Taxman.

(If you drive a car ), I’ll tax the street,
(If you try to sit ), I’ll tax your seat,
(If you get too cold ), I’ll tax the heat,
(If you take a walk ), I’ll tax your feet.
Taxman.

‘Cause I’m the Taxman,
Yeah, I’m the Taxman.

Don’t ask me what I want it for
(Haha! Mister Wilson!)
If you don’t want to pay some more
(Haha! Mister Heath!),
‘Cause I’m the Taxman,
Yeah, I’m the Taxman.

Now my advice for those who die, (Taxman!)
Declare the pennies on your eyes, (Taxman!)
‘Cause I’m the Taxman,
Yeah, I’m the Taxman.
And you’re working for no-one but me,
(Taxman).
Laissez-moi vous dire comment ça va se passer,
Il y en a un pour vous et dix-neuf pour moi,
Parce que je suis le percepteur,
Oui, je suis le percepteur.
Si cinq pour cent semble trop peu,
Soyez heureux que je ne prenne pas tout,
Car je suis le percepteur,
Oui, le percepteur.

(Si vous conduisez une voiture), je taxerai la rue,
(Si vous essayez de vous asseoir), je taxerai votre siège,
(Si vous avez trop froid), je taxerai la chaleur,
(Si vous partez marcher), je taxerai vos pieds.
Percepteur !

Car je suis le percepteur,
Oui, je suis le percepteur.

Ne me demandez pas pourquoi je le veux,
(Haha ! Mister Wilson !)
Si vous ne voulez pas en payer plus,
(Haha ! Mister Heath !),
Car je suis le percepteur,
Oui, je suis le percepteur.

Maintenant, mon conseil pour ceux qui meurent (Percepteur !)
Déclarez les pièces sur vos yeux (Percepteur !),
Car je suis le percepteur,
Oui, je suis le percepteur.
Et vous ne travaillez pour personne d'autre que moi.
(Percepteur !)



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